Discours de présidents

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Dans les dernières vingt-quatre heures, le président Obama a défendu sa réforme du système de santé et le président Sarkozy, sa taxe carbone. Deux tournants politiques. Le discours d'Obama était entouré d'attentes fiévreuses : le sort de sa présidence en dépendait, disait-on. La difficulté, pour lui, était de rassurer des Américains échauffés par la crise et « les mensonges purs et simples », selon les propres termes d'Obama, assénés par les ultras du Parti républicain. Il s'en est tiré haut la main, définissant le cadre précis de la négociation : il y aura bien une réforme, tous les Américains auront droit à une couverture santé, des économies seront faites pour que la réforme n'accroisse pas d'« un cent » le déficit public. Côté gant de velours, ceux qui sont contents de leur assurance-maladie n'auront pas à en changer. Côté main de fer, les assureurs ne pourront pas refuser une couverture aux personnes ayant des problèmes de santé, et l'assurance deviendra obligatoire, tant pour les individus que pour les entreprises, qui devront la proposer à leurs salariés. Obama a marqué un point tactique face à ses opposants. Plus profondément, il a récupéré au profit des démocrates la définition de l'identité américaine : pendant huit ans, les républicains les avaient accusés d'antipatriotisme. Toute la fin de son discours, consacrée au « caractère de l'Amérique », a tendu à démontrer que la solidarité et la main tendue en font partie, tout autant que la fière indépendance à l'égard de l'État. Nicolas Sarkozy était moins en danger, mais il s'y est mis. Y avait-il urgence à créer une taxe carbone ? Il répond oui, sans chercher d'euphémisme de langage, au nom de l'avenir de la planète et de la responsabilité de l'Europe. Deux idées abstraites et lointaines. En choisissant de la faire démarrer à 17 euros, il bouscule sa majorité et déçoit les Verts. Surtout, il mécontente les petites entreprises, l'électorat des classes moyennes et plusieurs secteurs remuants comme l'agriculture et les transports. Il affirme engager aujourd'hui une vaste réforme visant à détaxer le travail et la production pour taxer la pollution, avec la croissance pour objectif. Obama veut vaincre la malédiction passée des réformes de santé, Sarkozy veut imposer une autre vision de l'avenir. Saluons l'audace. sgherardi@latribune.fr Sophie Gherard

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