L'euro reste sous pression après le sommet de Bruxelles

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C'est au travers de la monnaie, après la vague d'attaques spéculatives sur l'euro qui lui a fait perdre plus de 11 % de sa valeur en deux mois, que la solidarité a fini par l'emporter entre les multiples protagonistes de l'Union européenne et de la zone euro. De haute lutte, mais l'enjeu était de taille. Laisser tomber la Grèce, au risque d'un défaut de paiement d'Athènes et d'une propagation de la crise aux autres maillons faibles de la zone euro, c'était faire monter la monnaie en première ligne et devenir la proie des spéculateurs, dont on connaît l'agressivité dès lors qu'ils sont mus par la défiance. L'euro, qui avait jusque-là si bien joué son rôle de bouclier anticrise, aurait risqué de se comporter comme la drachme grecque autrefois, comme la monnaie d'un pays du « Club Med ». C'est-à-dire tout simplement de dégringoler encore plus vite qu'au cours des séances récentes. Une véritable hérésie pour l'Allemagne, qui n'a qu'à contrecoeur abandonné son sacro-saint deutsche mark au profit de l'euro et qui voue un véritable culte au concept de monnaie forte.La solidarité européenne n'a néanmoins guère impressionné les stratèges des grandes banques internationales, qui ne se montrent pas tendres avec l'euro. Qu'on en juge. La grande banque américaine Goldman Sachs a révisé à la baisse son objectif à trois mois pour l'euro, qu'elle ne voit plus remonter qu'à 1,45 pour un dollar, contre 1,55 dans sa précédente prévision, estimant que la crise budgétaire grecque, en révélant les failles du système, a laminé la confiance dans la zone euro et qu'elle va augmenter « de façon permanente » les risques associés à la détention d'euros. Pour Derek Halpenny, le stratège Europe de Bank of Tokyo Mitsubishi à Londres, c'est la crédibilité du projet d'union monétaire européenne qui est sur la sellette. Il estime que les convulsions récentes vont laisser des traces durables. Hans-Guenther Redeker, de BNP Paribas à Londres, est sur la même longueur d'onde. Même si l'Europe met au point un projet global de soutien aux pays en difficulté, et pas seulement à la Grèce, les mesures d'austérité qui lui seront associées pèseront sur la croissance. « La question n'est pas de savoir s'il faut ou non vendre l'euro, mais quand et à quel niveau le vendre » (après sa modeste reprise du début de semaine). Le marché des changes a fidèlement reflété ces prises de position. Après l'offre conditionnelle de soutien à la Grèce consentie par l'Union européenne dans l'après-midi de jeudi, il a fait retomber l'euro à son plus bas niveau de la séance, à 1,3595 dollar, très près du point bas (1,3585 dollar) de neuf mois atteint vendredi dernier, au plus fort de la crise.

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