Aurélie Filippetti fait frémir le monde de la culture

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Difficile de s’entendre annoncer des restrictions budgétaires. Les critiques ne se sont pas faites attendre au lendemain des déclarations faites par Aurélie Filippetti au Monde. La veille la ministre de la culture avait mis un terme à certains grands projets culturels en cours et surtout fait ses premiers mécontents parmi les ayants droit. Le centre national de la musique – qui devait représenter un (gros) coup de pouce financier pour les acteurs – ne verra pas le jour. «Nous n’avons pas réellement besoin d’un nouvel établissement public, qui nécessiterait, […] 50 millions d’euros [supplémentaires», a indiqué la ministre. Cette annonce n’est pas une surprise, tant la ministre avait pris ses distances sur le sujet depuis l’élection présidentielle et les promesses de campagne de François Hollande.Il n’empêche. «Madame Filippetti trahit sa propre parole, alors même qu’elle avait affirmé aux professionnels en juillet dernier vouloir soutenir cette initiative. La Ministre trahit également l’engagement de campagne du Président de la République. Les producteurs de musique ont perdu plus de 60% de leur chiffre d’affaires ces dix dernières années», s’est emporté le Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP), dans un communiqué. Même échos chez les éditeurs indépendants d’Ile de France (Eifel) : «Trahir sa parole c\'est briser l\'horizon annoncé! Et notre filière semble avoir plus de maturité que les gens qui la gouvernent sur ce sujet».Outre les ayants droit, la ministre a également suspendu un certain nombre de grands projets dont les travaux n’avaient pas été lancés. La maison de l’histoire de France, dont le coût était estimé à 100 millions d’euros par l’ancienne majorité et à 200 millions par la nouvelle, a été reporté sine die. Même chose pour le centre d’art parietal, dit Lascaux 4 (50 millions d’euros), la tour d’Utrillo, la salle supplémentaire de l’opéra Bastille, l’hôtel de la Marine, ou le grand centre de recherche de Cergy. Aurélie Filippetti a expliqué qu’un milliard d’euros d’économies seraient faites.Le centre national de la musique et d’autres projets étaient dans le viseur de la Cour des ComptesLa ministre socialiste n’est pas la première à s’interroger sur la pertinence de ces nouvelles dépenses publiques. En juillet, la Cour des comptes, qui citait notamment le CNM, mais aussi la maison de l’histoire de France, la Tour Utrillo, indiquait que parmi les projets en cours des arbitrages devraient être menés.Le coût hasardeux des grands projets culturelsPreuve en est que les grands travaux sont toujours hasardeux pour les finances publiques, les quatre projets culturels, maintenus par la ministre et dont les travaux seront achevés d’ici un ou deux ans, ont tous dépassé les enveloppes de dépenses initiales. L’Assemblée nationale s’en était déjà inquiétée il y a un an dans son rapport sur le budget. La Philarmonie (dont le coût total était estimé à 336,5 millions d’euros financé par l’Etat, la Ville de Paris et la Région Ile de France), le Musée Picasso (45 millions d’euros) de Paris, le Mucem de Marseille 220 millions d’euros) , et le transfert des Archives nationales à Pierrefitte (275 millions d’euros), devaient faire en 2012 l’objet de «dépassements notables», comme le soulignait déjà en octobre 2011, le rapport de l’Assemblée nationale sur le budget de la culture.Il y a un an, d’autres dépenses publiques inquiétaient également les députés de l’ancienne majorité. Qu’il s’agisse de l’extension du Palais de Tokyo (20 millions d’euros), de la rénovation du Théatre de Chaillot (18 millions d’euros), du réaménagement de l’Opéra comique (18 millions) ou de la restructuration du quadrilatère Richelieu (150 millions d’euros). Le rapporteur du budget Gilles Carrez avait donc fustigé le dépassement de dépenses estimé à 60 millions d’euros.

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