L'Afrique du Sud craint une flambée de violences xénophobes

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« Ici, tout le monde a peur de la chasse aux étrangers », confie Evelyne Kweswa, le regard éteint. Cette mère de famille zimbabwéenne vit depuis neuf ans dans l'un des townships les plus violents du pays, celui de Diepsloot, à 20 km au Nord de Johannesburg. Dans une allée insalubre, jonchée de détritus, la jeune femme, son bébé de deux ans dans les bras, avoue être tout le temps sur ses gardes depuis quelques semaines  : « La nuit, dès que j'entend un bruit, je sursaute. Ils nous disent qu'ils vont venir nous tuer après la coupe du monde. » Evelyne a bien pensé fuir, mais ne sait pas où aller. « Avec Mugabe, nous avons tout perdu au Zimbabwe. Alors, on attend et on verra, même si on risque de mourir. Avec les rumeurs persistantes d'attaques, d'autres préfèrent plier bagage. Petros Lyson, originaire d'Harare, dirige une crêche dans le bidonville. « La semaine dernière, cinq parents zimbabwéens sont venus chercher leurs enfants et m'ont dit qu'ils ne reviendront plus. Ils étaient terrorrisés et sont repartis au pays. La tension, les insultes, les menaces de mort sur les pas de porte, c'est trop dur à supporter », raconte l'instituteur. En 2008, plusieurs Sud-Africains l'ont frappé et lui ont demandé de fermer l'école. Mais Petros a choisi de rester. Neo, une Sud-Africaine, ne cache pas sa haine des étrangers. « Ils volent notre argent et notre travail. Ce sont des criminels. Il faut qu'ils s'en aillent. Je ne veux pas les voir morts, mais juste plus sur notre terre », lance la jeune femme de 21 ans en colère. « État d'alerte »à Diepsloot, la plupart des habitants vivent sans eau ni électricité, au milieu des ordures. Les habitants n'attendent plus rien de l'État ou de la police et décident parfois de rendre justice aux-mêmes. Il y a deux ans, la barbarie xénophobe avait fait 62 morts dans les bidonvilles et 150.000 personnes avaient été déplacées. Pour éviter une nouvelle flambée de violences, le gouvernement a présenté la semaine dernière les grandes lignes d'un plan pour empêcher les attaques contre les étrangers. « Les forces de sécurité sont placées en état d'alerte », a assuré le ministre de la police, Nathi Mthethwa, tout en minimisant les risques d'explosion. La société civile se mobilise aussi et appelle les Sud-Africains à se montrer unis et solidaires, comme ils l'ont été derrière leurs footballeurs, les Bafana Bafana ou l'équipe du Ghana pendant la coupe du monde. Sophie Ribstein, à Diepsloot

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