L'émigration Nord-Sud, une combinaison gagnante pour tous selon la Banque mondiale

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«Donnez-nous vos vieux, vos malades, vos chômeurs. Prenez en retour nos jeunes, les plus pauvres comme les plus qualifiés.» Ce serait l\'échange, très avantageux, dont pourraient bénéficier les pays industrialisés grâce au croissant phénomène des criss-crossing migrations, les migrations croisées, selon une étude récente de la Banque mondiale.La perspective normalement adoptée quand on parle d\'immigration en Europe ou aux États-Unis en ressort bouleversée. Car non seulement migrer n\'est plus conçu comme un acte irréversible mais, surtout, les flux ne sont pas à sens unique. Du Nord au Sud, les mouvements de personnes de tous âges se multiplient, en raison des coupes dans les dépenses publiques des «vielles démocraties», qui affectent les retraites, la santé et l\'éducation.Des plus en plus d\'émigrants du Nord vers le SudAinsi, le nombre de retraités américains choisissant de vivre dans un pays en développement, afin de profiter d\'un meilleur pouvoir d\'achat, ne cesse de croître. Des centaines de milliers de personnes vont chaque année se faire soigner à Cuba, en Inde ou en Asie du sud-est, dont une grande partie en provenance de pays industrialisés. En quête de diplômes de plus en plus indispensables sur le marché du travail, mais confrontés à des hausse sensibles des droits de scolarité, les jeunes américains choisissent de plus en plus souvent d\'étudier dans le Sud.L\'aggravation du chômage dans le Nord du monde renforce encore la tendance. Bien que les salaires soient en moyenne plus bas dans les économies émergentes, dans certains secteurs la demande est tellement élevée par rapport à l\'offre interne que les rémunérations grimpent : le Brésil aurait besoin chaque année de 20.000 ingénieurs, la Chine d\'un grand nombre d\'enseignants d\'anglais pour apprendre la langue de Shakespeare à quelque 300 millions de personnes… Ainsi, les deux tiers du demi-million d\'émigrants espagnols de 2011 se sont dirigés en Amérique latine, Afrique ou Asie, tandis que 328.000 Portugais possédaient un permis de travailler au Brésil en 2012.Des flux inévitables mais bénéfiquesLa question cruciale devient alors: faut-il se battre contre ces flux ou embrasser les opportunités qu\'ils offrent ? Selon l\'étude, les pays les plus riches ont tout à y gagner. Leurs consommateurs obtiendront des services clé à moindres coûts, au grand bénéfice de la fiscalité nationale. A titre d\'exemple, si seulement un patient sur dix nécessitant un traitement standard se faisait soigner à l\'étranger, les États-Unis économiseraient 1,4 milliards par an. En comptant les frais de la vie courante, une année d\'études en médecine coûtant 60000 dollars aux États-Unis reviendrait à 15000 dans une bonne école privée indienne. Sans forcément que cela implique de pertes en termes de qualité, si l\'on considère qu\'un quart des médecins exerçant aux États-Unis ont été formés à l\'étranger, dont 21% justement en Inde...La migration traditionnelle du Sud vers le Nord profiterait aussi à ce dernier, selon l\'étude. Les immigrants les plus pauvres et les moins qualifiés apporteraient aux pays industrialisés la main-d\'œuvre qui commence à leur manquer cruellement, en contribuant ainsi au maintien de leur niveau de production et à leur fiscalité. Les étrangers les plus qualifiés y concourraient au développement de la recherche: 26% de ceux qui ont reçu le prix Nobel aux États-Unis entre 1990 et 2000 étaient des immigrants. L\'arrivée de ces derniers sur le marché du travail des pays les plus riches aurait également un effet concurrentiel bénéfique sur les monopoles détenus jusqu\'à présent par certaines professions libérales.Les croisements impliquent des échangesSelon les chercheurs de la Banque mondiale, les intérêts à la mobilité étant mutuels, les politiques qui encore s\'opposent à ces flux seraient donc paradoxales. Ainsi, les règles qui contingentent les investissements étrangers pour construire des écoles ou des hôpitaux dans certains pays en développement limitent leur potentiel d\'attirer des consommateurs d\'ailleurs. Les obstacles à la portabilité des droits en matière de santé, chômage, bourses etc. empêchent les ressortissants des pays industrialisés de consommer ailleurs en faisant des économies, sauf pour les services les moins remboursés dans le pays d\'origine. L\'incertitude quant à leur qualité renforce encore ce frein.L\'étude suggère alors trois changements majeurs. En premier lieu, une réduction bilatérale des barrières en matière d\'investissements et de marché du travail, selon une logique d\'échange. Ensuite, une réforme des systèmes d\'assurances et de bourses permettant d\'être remboursé indépendamment du lieu du service et seulement en fonction de l\'économie réalisée, en incluant les coûts du voyage. Enfin, un système de reconnaissance des soins et des diplômes, à tous les niveaux.Néanmoins, tout n\'est pas si simple, reconnaît l\'étude, qui propose même d\'accepter quelques entorses temporaires au principe d\'égalité. Les salaires et les prix des services pourraient ainsi différer pour les nationaux et les étrangers, afin de maintenir une certaine compétitivité. Mais aussi pour éviter de heurter les sensibilités nationalistes, au risque de bloquer le processus.

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