Chine, Etats-Unis, Eurozone : la nouvelle triade de la puissance mondiale

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Il fut un temps où on parlait beaucoup de la Triade : Etats-Unis, Europe des 12 et Japon. Ces trois ensembles économiques étaient les véritables moteurs de l\'économie mondiale jusqu\'à la fin des années 1980. Mais depuis 1990, coïncidant avec la fin de la guerre froide,quatre grandes transformations économiques se sont produites :1. L\'explosion en vol du Japon suite au crash du Nikkeï et à l\'implosion de sa bulle immobilière en 1990-1991. Cette dernière a mis hors jeu l\'archipel du Soleil levant et a révélé sa fragilité intrinsèque liée à son insularité en Asie et à son vieillissement démographique précipité. Le Japon suit aujourd\'hui un modèle original d\'économie \"néo-rentière\", la rente dégagée par l\'innovation technologique étant exportée à l\'étranger (en Europe et aux Etats-Unis via la Chine) et permettant d\'assurer un niveau de vie confortable à une population de \"seniors\".2. La transformation des Etats-Unis en économie-monde high tech dopée par l\'afflux d\'immigrés latino-américains et asiatiques qui sont les deux communautés les plus dynamiques en matière d\'entrepreneuriat et d\'innovation. En ce sens, la bulle immobilière que le pays a connu ces dernières années et qui a explosé en 2007 suivie par une vaste crise financière aux conséquences mondiales, n\'est que le contrecoup de ce formidable afflux démographique faisant gagner au pays en une vingtaine d\'années près de 50 millions d\'habitants. C\'est aussi l\'achèvement d\'un cycle d\'un demi-siècle pendant lequel l\'économie américaine tirait la croissance mondiale.3. L\'émergence de la Chine en rival des Etats-Unis, avec un point d\'inflexion majeur en novembre 2001 coïncidant avec son entrée à l\'Organisation mondiale du commerce (OMC) et la formidable accélération de sa croissance, portée tant par les exportations que par une demande intérieure stimulée par un processus d\'urbanisation sans équivalent dans l\'histoire (par sa vitesse et son ampleur). Bientôt première économie mondiale en volume (en 2015), la Chine n\'est plus aujourd\'hui un pays en développement, mais une superpuissance hybride avec quatre grands macropôles de croissance ultra-développés (Beijing-Tianjin, Shanghai-Nanjing, Shenzhen-Guangzhou, Chonqing) et un hinterland rural en voie d\'urbanisation rapide.4. La création de la zone euro qui a recentré le projet européen et lui a donné une assise monétaire et - bientôt - budgétaire plus forte, préludant à l\'Union politique dont on voit de plus en plus apparaître les contours autour d\'un axe Paris-Bruxelles-Berlin. Certes, la zone euro n\'est pas encore complètement sortie de sa crise existentielle mais celle-ci apparaît de plus en plus aujourd\'hui comme une crise de croissance qui sera surmontée. Le grand défi pour l\'eurozone est de se doter progressivement de tous les attributs de la puissance régalienne (défense, politique étrangère) tout en approfondissant la légitimité démocratique de ses instances de direction.On le voit bien ces quatre tendances dessinent un monde nouveau autour d\'une nouvelle triade \"Etats-Unis, Eurozone, Chine\" tant sur les plans économique que financier et monétaire. Ce dernier aspect est déterminant car c\'est de la capacité à infléchir les équilibres monétaires mondiaux que dépend véritablement l\'importance systémique - donc stratégique - d\'un bloc régional.Autour de cette nouvelle triade s\'agrègent d\'autres ensembles de moindre importance stratégique - ce qu\'on pourrait appeler \"le deuxième cercle de la puissance\" - tels que l\'Eurasie centrée sur la Russie à cheval entre la Chine et l\'Eurozone, l\'économie-archipel de l\'Asie du Sud-Est, l\'Amérique du Sud centrée sur le Brésil, le Sous-continent indien et le grand Moyen-Orient centré sur la Turquie, qui s\'étend de l\'Iran à l\'Egypte, ou au Maroc (selon que l\'on considère le Maghreb comme une marche de l\'Eurozone ou comme la partie occidentale d\'un grand marché moyen-oriental).Une nouvelle hiérarchie de macro-puissances ou de macro-pôles économiques se dessine donc progressivement. Un jour, l\'Amérique du Sud avec ses cinq cents millions d\'habitants entrera aussi peut-être dans le premier cercle, mais cela suppose d\'abord d\'asseoir l\'hégémonie d\'une puissance régionale - le Brésil en l\'occurrence - autour duquel s\'organiserait le reste de ce continent.L\'Inde aussi peut espérer jouer un rôle majeur dans quelques dizaines d\'années mais son poids économique reste encore faible relativement à la Chine, et ses relations avec ses voisins immédiats (Pakistan, Bengladesh) restent tendues. Quant à l\'Afrique, il lui faudra trouver les voies de son intégration économique et politique, un pré-requis indispensable pour qu\'elle puisse enfin valoriser ses vastes ressources naturelles et démographiques. Retrouvez le blog d\'Alexandre Kateb, \"Nouveaux mondes, nouvelles puissances\". 

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