L'Allemagne fait cavalier seul dans la zone euro

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La publication vendredi de la première estimation de l'activité trimestrielle dans la zone euro va faire resurgir le débat posé par l'écart croissant entre les économies. Le PIB au troisième trimestre pour l'ensemble de la zone euro (+ 0,4 % par rapport au trimestre précédent) montre en effet que le fossé se creuse entre un groupe mené par l'Allemagne (+ 0,7 %) avec l'Autriche, la Belgique, la Finlande, et le groupe des Pigs (Portugal, Irlande, Grèce, Espagne), flanqué de l'Italie, alors que la France navigue entre ces deux eaux (+ 0,4 %) (lire page 4).DéconnexionSurtout, ces écarts viennent confirmer, si besoin était, la déconnexion dangereuse qui s'opère au sein du club de la monnaie unique. Et le renforcement de plans d'austérité pour assainir les finances publiques fait craindre que le pire reste à venir pour certains pays, en particulier sous la pression de marchés financiers qui doutent de leur capacité à rembourser leurs dettes (lire page 31). Ainsi, inouïe jusqu'à peu, l'idée d'une sortie de la zone euro dans la bouche d'un ministre n'est plus un tabou, comme l'a agité le ministre des Affaires étrangères portugais, même si le « bluff » n'est pas dénué d'arrière-pensées politiques (lire encadré ci-dessous).Surtout, l'Allemagne commence à faire cavalier seul. L'hypothèse d'une croissance en 2010 supérieure à 3,4 %, prévue officiellement par Berlin, semble de plus en plus crédible. Cette accélération de l'économie outre-Rhin est soutenue davantage par l'accroissement de son excédent commercial (+ 10 % ce trimestre par rapport au précédent) que par la vigueur retrouvée de sa demande intérieure, tant en termes d'investissement que de consommation. Mais si tous les feux sont au vert outre-Rhin, l'Allemagne est-elle réellement la « locomotive de l'Europe », comme s'échine à le proclamer le gouvernement fédéral ? Certes, arithmétiquement, la performance de la première économie de la zone euro fait monter mécaniquement la moyenne de l'ensemble de la région. Mais la République fédérale tire-t-elle le reste de ses partenaires européens vers le haut ? La réponse doit être plus mesurée. Si les voisins européens profitent du dynamisme allemand, l'effet d'entraînement est de plus en plus faible. L'Allemagne, qui vend de plus en plus hors de la zone euro (en septembre, les exportations vers les pays tiers était deux fois plus importants que ceux vers les Seize), se fournit également de plus en plus en Asie. Ainsi, au premier semestre, la Chine est devenue le premier fournisseur du pays avec des importations en hausse de 36 %, tandis que les achats en France ne croissaient que de 5,7 %. Trimestre après trimestre, il se confirme que le dynamisme allemand se transmet de plus en plus hors de la zone euro.

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