Le choc nucléaire gagne toute la planète
La Tribune
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Depuis vingt-quatre heures, le monde entier suspend son souffle dans la crainte d'une catastrophe nucléaire au Japon. Mardi matin, « l'endommagement probable » de l'enceinte de confinement du réacteur numéro 2 de Fukushima, à la suite d'une nouvelle explosion, a dramatiquement aggravé la menace d'une fuite de matières extrêmement radioactives et donc d'une vaste contamination. Tandis que la panique gagne à Tokyo, la Chine, la Russie et même les États-Unis, pour leur côte occidentale, s'inquiètent des risques de propagation. La France se prépare à « l'arrivée éventuelle » d'un nuage radioactif à Saint-Pierre-et-Miquelon avec des mesures de prévention « compte tenu des rejets massifs attendus », selon la ministre de l'Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet.Le commissaire européen à l'Énergie, Günther Oettinger, a parlé mardi après-midi « d'apocalypse », estimant que les autorités locales avaient pratiquement perdu le contrôle de la situation à Fukushima. « Je n'exclus pas le pire dans les heures et les jours à venir. » Le commissaire a précisé avoir été en contact à ce sujet notamment avec l'Agence internationale de l'énergie atomique. Dans l'après-midi, cependant, un léger répit est intervenu avec une baisse mesurée de la radioactivité aux alentours de la centrale après l'extinction d'un incendie. De même, les taux de radioactivité supérieurs à la normale un temps mesurés à Tokyo, situé à 250 kilomètres au sud-ouest de la centrale, étaient redescendus.Mardi matin, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française a estimé que la gravité de l'accident relevait désormais du niveau 6 sur l'échelle internationale Ines qui en compte 7, niveau atteint par la seule catastrophe de Tchernobyl jusqu'à présent. Outre les fuites dans l'enceinte du réacteur numéro 3, l'ASN soulignait un deuxième élément très préoccupant « auquel personne ne s'attendait » : la présence de matières radioactives « exposées sans enceinte de protection » auprès du réacteur numéro 4, pourtant à l'arrêt lors du séisme le 11 mars. Des combustibles usés, en train de refroidir dans une piscine, se sont retrouvés hors de l'eau à la suite d'un incendie. Dans les deux cas, nul ne peut prédire l'évolution de la situation, notamment en raison du manque d'information. Une certitude : la cinquantaine de personnes qui tentent de maîtriser la situation dans la centrale risquent leur vie.Dans la matinée de mardi, le Premier ministre japonais Naoto Kan avait demandé aux habitants résidant à moins de 30 km des réacteurs de rester calfeutrés chez eux tandis que le périmètre d'évacuation restait fixé à 20 kilomètres autour de la centrale. « Il ne fait pas de doute que les niveaux atteints peuvent affecter la santé des êtres humains », avait déclaré un porte-parole du gouvernement. Ce périmètre de sécurité, de 20 à 30 kilomètres, semble suffisant à l'ASN, quelle que soit l'évolution de la situation. « Au-delà, l'irradiation n'est plus toxique », affirme-t-elle. « Si la dégradation se poursuit, il sera peut-être nécessaire de l'élargir », a précisé cependant l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire.Outre le nucléaire, l'autre priorité des autorités japonaises est de porter secours aux plus de 500.000 sinistrés accueillis dans des écoles ou des salles municipales. Le bilan officiel s'est établi mardi soir à 3.313 décès, mais il devrait s'alourdir au fur et à mesure de la découverte des corps rejetés par l'océan et dans les champs de ruines. Sur place, des entreprises, comme l'indienne Infosys ou Alcatel-Lucent, commençaient à organiser l'évacuation de leurs employés. François Fillon a demandé à Air France de mobiliser des avions supplémentaires afin de permettre aux ressortissants français de quitter le Japon, comme il leur est conseillé.
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