La crise grecque impose plus transparence sur les CDS

L'agence de notation Moody's a placé vendredi sous surveillance négative plus de 20 milliards d'euros d'obligations privées. Il s'agit d'obligations sécurisées par des portefeuilels de prêts grecs bénficiant de très bonne notation (Aaa). L'agence Moody's a expliqué sa décision par les conséquences de la crise que traverse le pays, dont la note souveraine a été dégradée par ses analystes en décembre dernier à A2 alors que le déficit public était révisé à 12,7 % du PIB. Polémique sur le maquillage des comptes publicsLa mise sous surveillance de ces emprunts s'inscrivant dans la logique de la dégradation de la note souveraine n'a donc pas eu vendredi de répercusions sur les obligations d'État grecques : le rendement des titres à 10 ans s'inscrivait en fin d'après-midi à 6,46 %, en retrait de 8 points de base sur les cours de la veille. Ce qui est plutôt de bon augure pour l'émission de 5 milliards d'euros que prépare la Grèce pour le début de la semaine prochaine.Mais depuis quelques jours, la polémique sur le maquillage des comptes publics du pays a pris de l'ampleur. Jeudi dernier, la ministre française de l'Économie, Christine Lagarde, a exprimé ses interrogations sur la légalité des opérations conduites sur les conseils de la banque Goldman Sachs. Elle a demandé que l'offiice européen des statistiques, Eurostat, détermine le rôle exact de la firme. La banque américaine est également mise sur la sellette sur la responsabilité qui lui revient dans la spéculation sur les obligations grecques, notamment via le marché des Credit Default Swap (CDS), ces options qui permettent de se prémunir contre un « évènement » de crédit. Marché étroit et déconnecté du risqueCes titres qui se traitent sur un marché étroit et peu liquide se sont déconnectés du risque qu'ils sont censés couvrir. Les CDS n'ont d'ailleurs pas suivi le regain de tension de ces derniers jours sur le marché obligataire grec. Ils cotaient 357,68 points de base en fin de semaine, sans réelle évolution depuis une dizaine de jours, après avoir culminé à 428 points de base le 4 février dernier. Ces couvertures demeurent néanmoins à un niveau extrêmement élevé. Seuls les CDS de Dubaï, de l'Ukraine, du Vénézuela et de l'Argentine sont plus chers, tandis que les assurances exigées sur le marché des CDS pour les obligations roumaines, égyptiennes ou vietnamiennes sont négociées à des prix inférieurs. Cette décorrélation était pointée du doigt vendredi matin lors dun petit déjeuner organisé par Octofinance avec François Veverka, associé gérant du cabinet de conseil Banque Finance Associés et ancien directeur général de Standard & Poor's à Paris. Il a dénoncé ces « CDS sans rapport avec la note de la Grèce ». De son côté, Christine Lagarde prône une meilleure régulation pour le marché des CDS souverains, caractérisé par un « marché étroit aux mains de peu d'opérateurs ». Menace d'interdiction de ces assurancesCe type de dénonciation intervient alors que la menace d'une interdiction de ces contrats négociables par les instances de régulation est prise au sérieux sur les marchés. Sans aller aussi loin, certains proposent de limiter l'accès à ce marché à ceux qui détiennent effectivement des obligations à assurer, éloignant ainsi de ce marché les acteurs se livrant uniquemement à la spéculation. Toutefois, d'autres propositions pourraient être adoptées. Notamment l'amélioration de la transparence qui fait défaut aux échanges de CDS. La publication de données quotidiennes - et non plus simplement hebdomadaires, comme c'est actuellement le cas - serait un progrès en ce sens. De même, l'obligation d'utiliser des chambres de compensation pour ces produits actuellement traités de gré à gré renforcerait la confiance dans ces instruments optionnels opaques.

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