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Un salaire minimum à l'anglaise pour les Allemands ?

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Publié le 19 mai 2013 à 21:03 - Mis à jour le 19 mai 2013 à 21:03

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Quels sont les sujets clés qui agitent le landernau politique allemand en cette période de campagne électorale ? Pour le savoir, rien de tel qu’une petite visite à la Fondation Hans Böckler à Düsseldorf, l’un des plus importants centres d’expertise sur la réalité sociale de l’Allemagne. Hans Böckler, né en 1875, fut député du SPD au Reichstag entre 1928 et 1933. Il entre dans la clandestinité après l’attentat contre Hitler du 20 juillet 1944. En 1945, il fait renaître le syndicalisme dans la zone d’occupation britannique avant de créer une union des syndicats en 1947 et de devenir en 1949 le premier président du DGB, l’Union des syndicats allemands (Deutscher Gewerkschatfsbund), et c’est lui qui signe en 1951 les premiers accords sur la cogestion avec le chancelier Konrad Adenauer.La fondation qui porte son nom est donc très proche du DGB et elle est l’équivalent, côté patronal, de l’IW (Institut der Deutschen Wirtschaft) de Cologne. La fondation Böckler exerce ses activités dans plusieurs domaines. Elle aide notamment les jeunes de familles modestes et de familles migrantes à poursuivre leurs études supérieures par grâce à des bourses dont bénéficient aujourd’hui environ 2 500 étudiants. Elle forme et informe les salariés qui siègent dans les conseils de surveillance des entreprises allemandes. Et elle réalise aussi de nombreuses études et analyses dans le domaine économique et social au travers de-l’institut économique IMK (Institut für Makroökonomie und Konjonkturforshung) qui collabore notamment avec l’OFCE en France et WSI (Wirtschaft und Sozialwissenschaftlisches Institut) qui explore la réalité sociale allemande et publie notamment des statistiques très précises sur les salaires dans l’ensemble des secteurs d’activité. Après discussion avec les experts de la fondation et leurs dernières études et réflexion, voici quelques uns des sujets les plus « chauds » qui concernent la réalité sociale de l’Allemagne d’aujourd’hui.Le salaire réel des Allemands augmente à nouveauL’accord signé à Munich dans la nuit du 14 au 15 mai entre le patronat allemand et IG Metall et qui prévoit une augmentation de salaires de 3,4% à partir du 1er juillet 2013 et de 2,2% au 1er mai 2014 est important à plus d’un titre. Même s’il ne concerne que la Bavière, il a une fonction de référence pour l’ensemble de l’Allemagne dans le secteur de la métallurgie, qui emplois 3,7 millions de salariés. Il est conforme aux souhaits exprimés par certains pays européens comme la France de voir l’Allemagne mettre en œuvre une relance par la consommation. Selon les relevés effectués par WSI, les principaux accords salariaux d’ores et déjà signés au titre du « round 2013 » de négociations, qui concerne 12,5 millions de salariés, prévoient des augmentations de salaires comprises entre 2,5 et 3,5%. Selon les projections de l’IMK, les salaires devraient croître de 2,7% cette année, ce qui entraînera une hausse des salaires réels, une inversion de la tendance antérieure. En 2012, le salaire réel était inférieur de 0,2% à ce qu’il était en 2000, selon les calculs de WSI. Mais il a recommencé à augmenter dans la dernière période, à partir de 2010 (+ 1,2%), tendance confirmée en 2011 (+1%) et en 2012 (+0,6%).Vers un SMIC à l’anglaise ?La question de l’instauration d’un salaire minimum universel, à l’image du SMIC, est au cœur des débats de la campagne électorale, comme on le sait. Les syndicats et le SPD sont en faveur de ce salaire minimum universel, mais Angela Merkel a indiqué à plusieurs reprises qu’elle y était opposée. L’Allemagne vit sous le régime de l’autonomie de fixation des salaires entre partenaires sociaux. Mais tous les salariés allemands ne sont pas couverts par ce type d’accords, et ils sont même de moins en moins nombreux à en bénéficier : 70 à 75% à la fin des années 2000 contre 60% aujourd’hui. Le système fonctionne donc moins bien. Il existe un salaire minimum dans certaines branches, comme la construction. Ces salaires minimum de branches sont compris généralement entre 8,5 et 13 euros de l’heure et concernent environ 2 millions de salariés. C’est d’ailleurs le chancelier Helmut Kohl qui a présidé à la signature du premier accord de ce type dans la construction en 1996, pour éviter que l’immigration en provenance d’Europe centrale ne provoque une déflation massive et brutale des salaires. Mais plus de 2 millions de salariés ne sont pas couverts par des accords de ce type, où alors à des montants extrêmement bas qui peuvent descendre à 4 ou 4,5 euros de l’heure. Quelle est l’issue possible ? Que le gouvernement, comme en France, fixe d’autorité un salaire minimum universel, même si elle a beaucoup de défenseurs en Allemagne, reste une hypothèse peu probable. Certes, dans les rangs de la CDU/CSU, montent différentes suggestions consistant à généraliser le système mis en œuvre dans les branches qui ont fixé un salaire minimum, mais à l’initiative de la négociation sociale et sans obligation pour les entreprises où les syndicats ne sont pas représentatifs, ni décision autoritaire du gouvernement fédéral. On note par ailleurs depuis quelques semaines un intérêt grandissant dans les colloques et réunions organisés sur ce sujet pour le système britannique de la Low Pay Commission (LPC) , un organisme créé en 1998 par le gouvernement, dans le cadre du National Minimum Wage Act. Cette commission indépendante émet chaque année des recommandations sur le niveau de rémunération minimum dans les secteurs à bas salaires, après consultations des statistiques, analyses d’experts, discussions avec les représentants des employeurs et les organisations syndicales et visites dans les entreprises. La Commission a ainsi recommandé cette année une augmentation de 1,9% du salaire minimum national à 6,31£ de l’heure à partir d’octobre 2013 (sa recommandation pour 2012 d’une augmentation de 1,8% a été globalement suivie). Des membres de la LPC se rendent  régulièrement en Allemagne ces temps-ci pour expliquer leur mode de fonctionnement et rencontrent, semble-t-il, un intérêt réel. Ce système aurait l’avantage d’associer les représentants des entreprises, les organisations syndicales et des experts indépendants, sans que pour autant ses recommandations soient « obligatoires ». Cette solution semble avoir quelques chances d’être finalement retenue en Allemagne.Population : plus d’un Allemand sur deux ne vit pas en famille….Selon la dernière étude en date, publiée par le quotidien Die Welt le 16 mai, plus d’un allemand sur deux vit seul ou en tout cas pas dans une cellule familiale. En 2011 (dernière recension connue), seuls 49,1% des Allemands vivaient dans le cadre d’une famille, c’est à dire d’un ménage comportant au moins deux personnes. C’est 7 points de moins qu’en 1996. Les disparités régionales sont très importantes. La structure familiale est encore majoritaire dans le sud de l’Allemagne (53% de la population dans le Bade-Wurtemberg et en Bavière) et très légèrement majoritaire dans les « anciens » länder. En revanche la proportion de personnes seules dans l’ex-RDA est très importante : 59% en Saxe, 58% dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale (soit 21 points de plus qu’en 1996), 54% en Thuringe, 55% dans le Brandebourg, 57% en Saxe-Anhalt…. Ces chiffres et surtout leur évolution depuis 1996 confirment l’exil d’une partie de la population active vers les länder de l’ouest. Le cas de Berlin est un peu particulier : c’est la ville allemande où la structure familiale est la plus minoritaire (elle représente seulement 40% de la population), ce qui s’explique probablement par l’afflux d’une population jeune depuis le début des années 2000.Cette baisse du nombre des familles enregistrée depuis la fin des années 90 explique en partie la faible natalité allemande. Lors du deuxième Sommet sur la démographie qui s’est tenu le 15 mai à Berlin, Angela Merkel a une nouvelle fois insisté sur le fait que l’Allemagne devait se préparer à accueillir davantage d’étrangers. « Nous devons montrer que l’Allemagne est un pays ouvert. Notre but doit être de bien accueillir ces jeunes qui viennent chez nous, surtout lorsque l’on sait qu’en 2025, la population active allemande sera inférieure de 6 millions de personnes par rapport à aujourd’hui ». Et l’appel semble avoir été entendu même avant l’heure : en 2012, près de 1 million d’immigrés sont arrivés en Allemagne, le chiffre le plus élevé depuis 1995. Les plus gros bataillons proviennent de l’Europe centrale et orientale (176 000 Polonais, 116 000 Roumains, 58 000 Bulgares, 53 000 Hongrois) mais aussi d’Europe du sud comme l’Italie (42 000 personnes), la Grèce (34 000 personnes), l’Espagne (29 000 personnes). Et quelque 20 000 Français…. Cette tendance va donc se renforcer dans les années qui viennent, et la presse allemande est d’ailleurs prompte à souligner, comme Die Welt, le paradoxe de la situation actuelle où l’Allemagne est de plus en plus critiquée en Europe, notamment dans les médias et les milieux politiques, pour son intransigeance en matière de gestion des finances publiques et de la crise de l’euro, alors qu’elle est une terre d’immigration de plus en plus populaire pour les jeunes européens…Les controverses sur le statut des femmesIl faut noter, en matière de politique familiale, que la situation s’est un peu améliorée ces dernières années dans le domaine de l’accueil des jeunes enfants dans les crèches ou établissements similaires. A partir d’août 2013, les parents d’enfants âgés de 1 à 3 ans, auront le droit à une place dans une crèche. Cela ne veut pas dire que tous en auront une, mais c’est un début, qui marque que le statut des femmes dans la société allemande commence à évoluer. Très significatif aussi fut le combat mené par Ursula von der Leyen, ministre du travail, pour imposer un quota de femmes dans les organes de direction des entreprises allemandes. Ursula Von der Leyen est une personnalité très en vue de la CDU, où elle provoque biens des remous par une approche beaucoup plus offensive sur ces sujets que celle de la majorité des membres de la CDU et de la CSU. En avril 2013, elle a mis le feux aux poudres en menaçant de voter, contre la CDU, une proposition de loi visant à fixer un quota de femmes dans les conseils de surveillance de toutes les entreprises allemandes. Finalement, elle y a renoncé, et le texte a été rejeté, mais elle a obtenu que la plate-forme électorale de la CDU/CSU intègre une proposition de fixer un quota de 30% de femmes dans les conseils de surveillance à partir de 2020…Autre sujet concernant le statut des femmes : les minijobs. Comme on le sait, les minijobs ont été créés par le chancelier Schröder en 2003. Ce sont des emplois, à temps plein ou partiel, rémunérés à 450 euros par mois pour lesquels l’entreprise paie des cotisations sociales mais pas le salarié. On en compte environ 7,2 millions en Allemagne aujourd’hui, et pour 4,8 millions de titulaires de ces emplois, dont 3,2 millions de femmes, il s\'agit de leur seul revenu. Ces emplois n’ouvrent pas de droits à la retraite où à la sécurité sociale, ce qui explique le fait qu’ils soient considérés comme une sorte de revenu d’appoint, qui s’ajoute à celui du chef de famille. Mais de nombreuses voix s’élèvent en Allemagne pour dénoncer le « piège » que ces emplois représentent pour les femmes, notamment en cas de séparation.Le modèle social allemand n’est donc pas si monolithique qu’on le pense parfois. Il privilégie clairement l’industrie par rapport aux services, et les hommes par rapport aux femmes. Et il n’évite pas les trappes à pauvreté. Une récente étude de WSI montre que 70% des chômeurs peuvent être considérés comme « pauvres » selon les standards de revenus en Allemagne.

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