Le BTP chinois arrive en Europe et casse les prix
La Tribune
La Tribune
On les savait omniprésents en Afrique. Mais, désormais, les groupes chinois de BTP explorent un nouveau terrain de jeu, l'Europe. Au risque de chatouiller les majors de la construction comme Bouygues et Vinci. Pour la première fois, en effet, un consortium d'entreprises chinoises, mené par China Overseas Engineering Group avec comme partenaires Shanghai Construction General et China Railway Tunnel group, a remporté début octobre deux contrats pour la conception et la construction de deux tronçons d'autoroute entre Lodz et Varsovie. Plusieurs groupes polonais mais aussi l'allemand Bilfinger Berger et l'espagnol Acciona avaient remis des offres. Le rôle crucial des joLes entreprises chinoises de construction, en queue de peloton au début des années 2000, montent inéluctablement en puissance à l'international. Elles pointaient à la troisième place mondiale en 2008, avec 19,5 milliards d'euros de ventes réalisées à l'export dont 9,7 milliards en Afrique (contre 3,7 milliards un an plus tôt). « Les entreprises chinoises bénéficient d'un extraordinaire marché domestique qui est sans doute déjà le premier au monde, si on le pondère des prix locaux », note Michel Cotte, le directeur général délégué de Bouygues Construction, la filiale de Bouygues qui réalise 43 % de son chiffre d'affaires hors de France. « Les Jeux olympiques ont joué pour elles un rôle de vitrine extraordinaire », relève-t-on à la Fédération nationale française des travaux publics (FNTP).En Afrique, les Chinois cherchent à se ménager un accès aux matières premières. « Au Gabon, ils ont obtenu la réouverture d'une mine et construisent, en contrepartie, une voie ferrée et un port », explique Michel Cotte. Peut-être viennent-elles à présent chercher en Europe une reconnaissance ou simplement profiter d'une opportunité. La Pologne a pris du retard pour réaliser les infrastructures requises pour l'Euro 2012 de football et plus de 1.000 km de routes et autoroutes y seraient en projet. iniquitéReste que ces deux contrats polonais ont suscité l'émoi de la Fédération de l'industrie européenne de la construction (Fiec). Ils pourraient n'avoir qu'une valeur symbolique sur un marché européen de la construction qui a atteint 1.305 milliards d'euros en 2008. Sauf que le consortium chinois a cassé les prix. Il a proposé de réaliser le premier tronçon pour 182 millions d'euros, et le second pour 129 millions, soit, selon la Fiec, deux à trois fois moins que la facture estimée par les Polonais eux-mêmes ! La Fiec s'émeut en outre du fait que selon elle, le consortium a indiqué avoir l'intention de recourir à des experts et des ouvriers chinois dont les coûts salariaux sont très inférieurs à leurs homologues européens.Constatant que « le droit européen en vigueur ne semblait pas offrir de possibilité de recours efficace », la Fiec a alerté les présidents du Parlement européen, du Conseil, de la Commission européenne et de la Banque européenne d'investissement (BEI) qui finance en partie le projet polonais. « Il ne nous semble pas équitable d'imposer aux entreprises européennes le respect de conditions de travail, de santé, de sécurité et environnementales, qui grèvent leurs coûts, et ensuite d'accepter des offres d'entreprises de pays tiers dont le prix indique à l'évidence le non-respect des mêmes contraintes », martèle Ulrich Paetzold, le directeur général de la Fiec.Seule consolation, la Pologne n'est pas à l'abri de déconvenues : en Algérie, une autoroute construite par le chinois Citic-CRCC et le japonais Cojaal est en train de se transformer en gouffre financier. n Le consortium a proposé des prix deux à trois fois moindres que la facture estimée par les Polonais et il veut aussi recourir à des experts et des ouvriers chinois.
La Tribune