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Grandes écoles : la fin des privilèges

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Publié le 20 janvier 2010 à 22:45 - Mis à jour le 20 janvier 2010 à 22:45

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En prenant position contre les quotas de boursiers dans les grandes écoles en décembre dernier, la conférence des grandes écoles a cassé pour un temps une belle dynamique de communication. Depuis un an, il n'est pas un de ces établissements d'élite qui n'ait communiqué sur ses initiatives en ouverture sociale. Une dynamique impulsée par le président de la République qui fixait fin 2008 l'objectif de 30 % de boursiers en classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). Mais depuis le début de l'année, le débat s'est déplacé sur le taux de boursiers dans les grandes écoles, après que Valérie Pécresse a fixé à son tour en novembre l'objectif de 30 % dans les grandes écoles. Du coup, la ministre de l'Enseignement supérieur, feignant de mettre la pression sur les grandes écoles, a « enrichi » lundi les mesures déjà annoncées en novembre 2009 pour atteindre cet objectif mais sans remettre foncièrement en cause leur système : création d'internats d'excellence, participation de toutes les grandes écoles aux « Cordées de la réussite » (partenariats entre établissements d'enseignement supérieur et lycées situés en zone prioritaire), création d'ici à 2011 de 100 nouvelles classes prépas (prépas à la prépa, techno?), généralisation de la gratuité des concours, examen des épreuves de concours socialement discriminantes, développement des admissions parallèles, de l'apprentissage et de filières d'excellences technologiques. Des mesures pour la plupart déjà préconisées par le rapport rendu en 2009 par le commissaire à la Diversité et à l'Égalité des chances, Yazid Sabeg.Pour autant, la focalisation du débat sur le taux de boursiers pose problème. « On agite là un rideau de fumée sur un sujet de fond : la vraie démocratisation de l'enseignement supérieur ne se résume pas au taux de boursiers ! s'insurge Bertrand Monthubert, secrétaire national du PS à l'Enseignement supérieur et à la Recherche. D'ailleurs, les classes préparatoires ne comptent toujours que 15 % d'enfants d'ouvriers et d'employés contre 36 % pour la population? » « Le taux de boursiers est un indicateur grossier. Mais on doit l'accepter car c'est le plus simple, le plus connu et permet de mettre les choses en route », concède Marion Guillou, présidente du conseil d'administration de Polytechnique, qui lui préfère aussi la prise en compte des catégories socioprofessionnelles (1 élève de Polytechnique sur 2 est enfant d'enseignant).À cela s'ajoutent les inégalités territoriales et l'évolution du contexte économique et social de la France. Polytechnique, dont les frais de concours sont déjà gratuits pour les boursiers, n'en compte que 11 %. Mais elle accompagne des lycéens défavorisés dans le cadre du programme « Une grande école : pourquoi pas moi ? » (lancé par l'Essec) et de missions de tutorat afin de les inciter à poursuivre des études supérieures. Fin 2009, l'école a décidé d'augmenter les places réservées aux filières technologiques (15 seulement) et d'élargir l'accès pour les universitaires. L'école a aussi commencé à travailler sur les épreuves de ses concours. Or, note Marion Guillou, il s'avère que « toutes les épreuves discriminent de manière identique. Mais on continuera à chercher les biais identifiables ». Cependant, le général Xavier Michel, directeur général de l'X, estime possible « d'atteindre les 30 % de boursiers d'ici cinq à dix ans ».Une position qui n'est pas du goût de Yazid Sabeg, qui compte d'ailleurs envoyer prochainement à Nicolas Sarkozy des propositions pour qu'aucune école ne se soustraie à l'objectif à trois ans de l'État. De son côté, Patrick Chedmail, directeur de Centrale Nantes (23 % de boursiers), tient à relativiser la situation : « On pointe souvent du doigt quelques grandes écoles comme HEC ou Polytechnique mais la réalité est moins catastrophique qu'on ne le dit. » L'école participe depuis trois ans au projet Brio qui consiste à accompagner cette année 140 lycéens défavorisés, pendant deux ans. « Sur les 37 jeunes de la promotion 2007, 30 ont suivi des études supérieures, dont 12 en classes prépas. »Mais le pionnier en la matière est sans doute Sciences po Paris, dont les conventions éducation prioritaire (CEP) ont été surmédiatisées. Une publicité qui a le mérite de mettre en avant les parcours de réussite et de lutter contre l'autocensure. Depuis 2001, l'école recrute sans concours des élèves issus de lycées ZEP. Ils sont aujourd'hui 126 contre 17 en 2011. Pour autant, si son patron Richard Descoings se dit contre la « sacralisation du concours », il ne l'a pas encore entièrement supprimé. Car l'élite, au-delà de son discours d'ouverture sociale, ne compte pas perdre de sitôt ses privilèges. Thomas Sorreda, étudiant de l'ESCP Europe, originaire de Vitry et qui prépare un mémoire de recherche sur l'égalité des chances, se fait peu d'illusions. « Dans les écoles, les étudiants favorisés ne se mélangent pas aux autres et peu sont volontaires pour participer aux actions dans les lycées [Ndlr : l'ESCP a mis en place deux Cordées de la réussite]. »En fait, il faut surtout « aller chercher les bacheliers technologiques, élargir le vivier et amener 500.000 jeunes de plus dans l'enseignement supérieur », prône Yazid Sabeg. Par ailleurs, cantonner le débat aux grandes écoles, qui ne forment que 10 % des 2,2 millions d'étudiants français, est révélateur d'un système français particulier qui ignore la qualité de ses universités qui, elles, accueillent l'essentiel de la massification des effectifs mais peinent aussi à égaliser les chances sur le long terme.Enfin, toutes ces mesures consistent à ne traiter les faiblesses du système qu'en fin de course et sont donc en ce sens un aveu d'échec. « Le problème de l'égalité des chances est celui de l'Éducation nationale avant tout. Il se joue dès la maternelle. La politique de masse casse les élèves », pointe Frédérique Alexandre-Bailly, doyenne du corps professoral de l'ESCP Europe. Yazid Sabeg n'hésite d'ailleurs pas à parler de « tri » plutôt que de « sélection », en fonction de la « dotation sociale et culturelle de départ », de l'offre scolaire disponible et de l'environnement social et culturel : « Face au déterminisme social, je ne crois pas au principe d'égalité des chances. Il faut reconnaître les inégalités structurelles. Or, pour des raisons philosophiques, on n'ose pas franchir cette étape et, au nom de la République, on devient injuste ! » nFace à la massification des effectifs, le système éducatif peine à égaliser les chances. Le taux de boursiers a relancé le débat sur la diversité sociale, qui fait prudemment son chemin dans les filières élitistes. De Polytechnique à HEC, état des lieux.

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