« Le plafond de verre est dans les têtes »
La Tribune
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« J'ai compris il y a quarante ans que le rideau de fer était dans la tête des Soviétiques. Aujourd'hui, je suis convaincue que le plafond de verre est dans la tête des femmes », remarque Éléna Fourès. Et elle a bien l'intention de le faire tomber ! « Afin que le concept de leadership au féminin devienne la norme dans les entreprises françaises », insiste-t-elle. Pour ce faire, elle travaille auprès des femmes et forme également des mentors parmi les managers des grandes sociétés, afin qu'ils y favorisent l'essor des femmes. C'est la comparaison culturelle et son effet miroir « redoutable » qui lui a permis d'analyser la condition féminine en Europe de l'Ouest. « Quand j'ai soutenu ma thèse à la Sorbonne, en 1981, un membre du jury m'a demandé quelle était la profession de mon mari, raconte-t-elle, avec le soupçon qu'il aurait pu écrire ma thèse ! ». Cette battante, originaire de Moscou, avait des références opposées : « Telles les femmes qui conduisaient des grues, par moins 30 degrés, en montant à 50 mètres de hauteur ». Jamais elle n'a voulu céder sur sa différence. À 14 ans, elle exprime à ses parents, issus de l'intelligentsia, son désir de partir. « Autant rêver d'aller sur la lune », lui répondent-ils... Pourtant, elle réussit, après treize ans d'efforts, à venir en France, avec un visa de transit de trois jours, mais munie d'une maîtrise de linguistique, d'un diplôme en interprétariat, et de deux autres, en anglais et espagnol. Elle écume les cabinets de recrutement. Réaction de ces professionnels : « Vous êtes une femme, c'est un handicap »... Depuis, elle n'a cessé de faire de sa différence, culturelle comme de « genre », un atout. « C'est parce que je suis une Russe qui vit en Europe de l'Ouest que je peux être une bonne consultante », insiste-t-elle. Son conseil pour les femmes européennes ? Qu'elles transforment leur identité en un avantage - l'audace en plus... Elle n'hésite jamais à en faire preuve. Ainsi, pendant les vingt minutes qu'un grand patron lui accordait pour un entretien, elle a dû trouver une astuce pour lui faire prendre du recul, alors qu'il devait gérer une fusion délicate. « Je lui ai passé un épisode de Matrix Reloaded », se souvient-elle. De quoi, de façon ludique, lui permettre de dépasser son plafond à lui et assumer des décisions majeures pour l'entreprise. Bref, c'est au quotidien et depuis des années, qu'Éléna Fourès conjugue - en cinq langues - l'expression « think out of the box »... Propos recueillis par Lysiane J. Baudu
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