La surprise du chef
La Tribune
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La réunion du lundi est ouverte à tous. Il y a une douzaine de places assises. Sinon, debout, en se serrant bien, on tient à quarante. Bien sûr, on a un peu l'impression de remonter dans le bus ou dans le métro. Chacun est libre de s'asseoir où il veut mais les chefs, même en retard, ont toujours leur place assise. Quand un stagiaire, qui ne connaît pas encore les usages de la maison, prend une chaise, il comprend vite. Il se relève dès qu'il voit les autres au garde-à-vous.exercice obligéÀ la réunion du lundi, chacun est libre de s'exprimer, voire de contredire un chef, en théorie. Assis autour de la grande table, les bavards. Ils prennent tous la parole, c'est un exercice obligé. Il y a ceux qui parlent pour ne rien dire, ceux qui s'écoutent parler et ceux qui, en quatre phrases, cadrent le débat et font avancer le schmilblick. Derrière eux, debout, les muets. Le DG est là, pas dupe pour deux sous, souriant à tout le monde, remettant à leur place par une phrase bien sentie ceux qui espèrent cacher leur légèreté ou leur paresse par un long discours.Les muets debout finissent par fatiguer. Ils commencent à se balancer d'un pied sur l'autre. Ils attendent la fin de la réunion et la blague du chef. Chaque lundi, le DG arrive avec une nouvelle blague. Il essaie de ménager un effet de surprise pour mieux marquer les esprits. Elle n'est pas toujours drôle, sa blague ; on ne la comprend pas toujours mais tout le monde rit? ou presque. Ceux qui doivent faire oublier un mauvais dossier et les courtisans sont les premiers à actionner leurs zygomatiques avant même la fin de l'histoire. Il y a les rires forcés de ceux qui ne veulent pas être mis à l'écart. La garde rapprochée du DG ne rit que quand la blague est vraiment bonne. Les muets ont retrouvé leur langue pour rire à gorge déployée. C'est la fin de la réunion. Au boulot ! n
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