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Bonus des traders et stabilité du système financier

La Tribune

Publié le 24 septembre 2009 à 23:47 - Mis à jour le 24 septembre 2009 à 23:47

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oint de vue Bruno Biais École d'économie de Toulouse (TSE) (*)La question des rémunérations dans le secteur financier n'est ni anecdotique, ni populiste. C'est en fonction des gains qu'ils espèrent que les traders prennent leurs décisions. Pour assurer la stabilité du système financier, il faut mettre en place des structures de rémunérations qui incitent à des décisions bonnes pour la société. Les propositions actuelles ? pas de bonus garanti, prise en compte des risques, étalement dans le temps du versement du bonus ? sont raisonnables, mais il faut veiller aux conditions de leur application.Considérons d'abord l'étalement du bonus dans le temps. Supposons que, au cours de l'année n, un trader obtienne des gains importants, qui lui valent un bonus élevé. On propose aujourd'hui que ce bonus soit étalé sur les années n, n + 1 et n + 2. Pour que ce dispositif soit efficace, il faut veiller à ce que, si l'année n + 1 le trader subit des pertes importantes, le bonus qu'il avait obtenu au titre de l'année n soit annulé ou fortement réduit. La logique est la suivante : il est difficile de donner des rémunérations négatives. Donc, pour inciter à la performance, on récompense les gains, sans pouvoir punir les pertes. Cette structure de rémunération, qui peut être résumée par la maxime « pile je gagne, face tu perds », encourage la prise de risque. Dans le système que nous décrivions cette incitation au risque est réduite. Lors de l'année n + 1, le trader est moins enclin à prendre des risques, car il a peur de perdre le bonus acquis au titre de l'année n. Considérons ensuite la prise en compte des risques. Comparons deux investissements. L'un offre un rendement certain de 5 %. L'autre une rentabilité élevée, disons 70 %, avec une chance sur 10, et une rentabilité négative, disons ? 30 %, avec neuf chances sur 10. Si le trader est rémunéré par des récompenses en cas de gain sans punition en cas de perte, il choisira la stratégie risquée, quand bien même elle est moins profitable en moyenne. Pour dissuader ce type de comportement, on propose d'instaurer un système de rémunération pénalisant les stratégies plus risquées. Mais, pour ce faire, il faut pouvoir observer le niveau de risque qui est pris. Or c'est là que le bât blesse. Les innovations financières récentes se sont développées dans le cadre de marchés de gré à gré. Ces marchés sont opaques, il n'y a pratiquement aucune transparence sur les prix des transactions. Les produits qui y sont échangés sont souvent complexes et très particuliers, il est donc difficile de calculer leur valeur ou leur risque. Les positions des différents intervenants ne sont pas observées et recensées par une autorité de régulation ou une chambre de compensation. Dans ces conditions, il est très difficile de contrôler le niveau de risque pris par les traders ? ou même par les banques. Il est donc délicat de pénaliser la prise de risque, tant pour les rémunérations que pour la régulation du capital. Il convient donc, pour améliorer la stabilité du système financier, d'encourager le développement de marchés organisés, transparents et munis de chambres de compensation.On rétorque souvent que la concurrence entre les places boursières interdit toute régulation financière. Réguler la place de Paris, répondent ces contradicteurs, c'est simplement encourager l'exil des activités vers la City de Londres. Il n'en est rien. Nous disposons, en Europe, d'un pouvoir de régulation qui s'impose à Londres comme à Paris : la Commission européenne a déjà édicté plusieurs directives portant sur les marchés financiers, que la City doit appliquer elle aussi. Il importe donc, aujourd'hui, de mettre en place une nouvelle directive européenne, favorisant la stabilité financière en encadrant la rémunération des traders et en encourageant le transfert des activités vers des marchés transparents dotés de chambres de compensation.On pourrait objecter que ce serait faire la part trop belle à Wall Street, qui profiterait d'un avantage déloyal vis-à-vis de l'Europe. Le même argument implique que l'Europe n'aurait pas dû signer le protocole de Kyoto, au motif que les États-Unis n'y adhéraient pas. L'Europe a su, en ce qui concerne l'effet de serre, faire prévaloir l'éthique sur l'égoïsme, et ce sont aujourd'hui les États-Unis qui vont suivre le courageux exemple du Vieux Continent. Sachons faire preuve d'autant de fermeté et de clairvoyance en matière financière. n (*) Bruno Biais a reçu le Prix de thèse de la Société des Bourses françaises, le Prix du meilleur article sur les marchés boursiers décerné par le New York Stock Exchange. Conseiller scientifique d'Euronext et de la Fédération européenne des fonds et sociétés d'investissement, il est membre de la chaire de recherche Banque d'investissement et de marché, financée par la Fédération bancaire française.

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