Christophe Béchu, le croisé des Pays de la Loire

« Allô Franck ? » Dans la voiture qui l'emmène visiter une entreprise de conditionnement de pommes, au sud de la Sarthe, Christophe Béchu prend un appel de Franck Louvrier, le fidèle conseiller en communication de Nicolas Sarkozy. Celui-ci est dans l'avion du président, en vol pour Haïti. Il veut vérifier avec la tête de liste UMP dans les Pays de la Loire ce que ce dernier a annoncé aux ouvriers des chantiers navals STX de Saint-Nazaire, la veille : une prochaine commande de paquebot, opportunément confirmée mercredi par l'Élysée...À 35 ans, Christophe Béchu, tête de liste UMP dans la région Pays de la Loire, fait figure de jeune prodige de la politique. Sa campagne est suivie avec attention par l'Élysée. Et pas seulement parce que Franck Louvrier figure en septième position sur la liste de Loire-Atlantique. Christophe Béchu s'est vu confier par Nicolas Sarkozy l'objectif de reconquérir les Pays de la Loire, terre de mission de la droite modérée et bien pensante. Qu'importe si les grandes villes de la région sont désormais gérées par la gauche, il s'agit de laver l'affront essuyé en 2004 par François Fillon, sèchement battu d'un 47,63 % par le socialiste Jacques Auxiette. Un traumatisme pour l'actuel Premier ministre, qui avait alors évoqué un « 21 avril à l'envers ». D'aucuns disent d'ailleurs qu'il ne s'en est toujours pas remis...Pour mener cette croisade, la droite - après la défection de Roselyne Bachelot - a misé sur cet autre « gendre idéal », surnom donné dans ses jeunes années à François Fillon. Président du conseil général du Maine-et-Loire à 29 ans, élu député européen en juin dernier, il a raté de peu la conquête de la mairie d'Angers en 2008. Un boulimique des mandats, issu de l'UDF, réputé rassembleur. De fait, sa liste réunit pas moins de neuf formations politiques autour de l'UMP, son principal fait d'armes étant d'avoir dissuadé le sénateur mayennais Jean Arthuis de constituer une liste centriste autonome, comme en 2004. Le Modem local ayant au passage explosé, Christophe Béchu a eu les félicitations de Jean-Claude Gaudin pour la constitution de sa liste. « Cela m'a coûté beaucoup de cocooning auprès de ceux qui n'ont pas été retenus », s'amuse le jeune élu. Qui en a profité pour faire « monter » des jeunes, faisant de l'élection une affaire générationnelle.Le duel Béchu-Auxiette n'est pas qu'une affaire de projets. Le président PS de la région Pays de la Loire a été élu conseiller régional en 1979, alors que le jeune Béchu jouait encore dans les bacs à sable... Aujourd'hui, l'élu de l'UMP ne se prive pas de mettre en avant l'âge du président (69 ans)... quitte à avoir la formule un peu vache : ainsi glisse-t-il que Jacques Auxiette « ne tiendrait sans doute pas le rythme » à mener une campagne de proximité. Le style des deux candidats est aussi différent. Jacques Auxiette est plutôt le genre « anti-paillettes », au point d'en être perçu comme quelqu'un de rigoureux, voire d'un peu ennuyeux. Une sorte de père tranquille « laïcard » tout en bonhomie et à la renommée solidement établie dans toute la région. Alors que Christophe Béchu fait figure du jeune homme de bonne famille dans la plus pure tradition catholique de l'Ouest qui aurait assimilé tous les impératifs de la communication politique. « Il a une bonne tête, il est sympa, c'est un pro de la politique, reconnaît Matthieu Orphelin, tête de liste Europe Écologie dans le Maine-et-Loire, mais je m'interroge sur le fond. » « Il est dans la communication permanente », assure un élu local.Jacques Auxiette en a fait un angle d'attaque : « Christophe Béchu est le représentant du système Sarkozy. Alors moi, je demande à mes électeurs s'ils veulent que la région soit gérée comme la France », explique le président PS, qui se demande aussi « quelle consistance de projet peut avoir un candidat avec une telle inconsistance », en référence à ses nombreux mandats : « Quand il s'est présenté aux municipales, son seul souci, c'était les Angevins. Résultat, dès qu'il a pu, il a abandonné son mandat de conseiller municipal. » Jacques Auxiette est « un proche de Royal, prisonnier de réflexes partisans », répond Christophe Béchu.Certains élus de son propre camp politique ne sont toutefois guère plus tendres à l'égard du « style Béchu ». « Il a fait du département de Maine-et-Loire un des plus endettés, avec une multiplication par quatre de la dette en cinq ans. On ne tiendra pas sans augmenter les impôts. Alors si c'est pour trouver la même brillance de gestion au conseil régional, on s'en passera ! » s'exclame un élu local UMP. « Il est tellement tueur qu'on ne lui fait pas confiance dans son propre camp », commente un maire socialiste de la région.En attendant, Christophe Béchu ne fait pas dans le détail quand il évoque le bilan de Jacques Auxiette : « Rien, il n'y a rien », lâche-t-il. La qualité de gestion du socialiste est-elle très largement saluée ? « Une bonne gestion, c'est la moindre des choses que vous devez aux électeurs », répond le président du conseil général de Maine-et-Loire, qui préfère mettre en avant le fait que, « en six ans, la région a recruté un fonctionnaire par semaine, hors transfert ». Avant de détailler son projet « limpide, fort, structurant » pour la région, comme celui d'en faire une terre d'expérimentation d'un nouveau partage de compétences entre collectivités territoriales, avec mutualisation des moyens, développement de guichets uniques pour mettre fin à « toute la paperasserie et aux démarches inutiles ».Un projet qu'il développe au travers de ces déplacements dans chacune des circonscriptions de sa région. Bien moins connu que Jacques Auxiette hors des frontières de l'Anjou, Christophe Béchu a fait « le choix du terrain ». Ce qui est parfois ingrat. Ce mercredi 17 février, seules... trois personnes se sont déplacées dans ce café d'Écommoy, au sud de la Sarthe, alors qu'était annoncée une « rencontre avec les maires du canton et l'association d'usagers des trains ». Un peu plus tard, la « rencontre avec des acteurs économiques du Sud Sarthe » a aussi peu de succès. Les vacances scolaires, la brume verglacée qui saisit le pays depuis le matin y sont sans doute pour quelque chose. La faible mobilisation autour des élections régionales aussi.Mardi dernier, François Fillon est venu soutenir Christophe Béchu, confronté à une partie difficile, lors d'un meeting au Mans. Un peu plus de la moitié de la salle était remplie... Stéphanie Tisserond

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