L'armée turque fait de la résistance économique

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La semaine qui s'achève aura marqué un tournant dans les relations entre les militaires turcs et les autorités civiles. Pour l'heure, ce sont ces dernières qui l'emportent. Instruisant plusieurs dossiers de conspiration contre le gouvernement, des procureurs ont en effet procédé à un coup de filet inédit contre l'élite militaire turque au début de la semaine. Une cinquantaine d'officiers ont été mis en détention. Vingt officiers supérieurs d'active ou à la retraite ont été inculpés et incarcérés, tandis que quatorze autres étaient relâchés, dont, jeudi soir, les deux ex-chefs de la marine et de l'aviation. Vendredi, un tribunal ordonnait la mise en détention de onze nouveaux suspects, dont deux amiraux et un général, dans cette affaire de complot présumé. « Une nouvelle étape dans la démilitarisation de la société turque a été franchie », remarque Jean Marcou, chercheur à l'Institut français d'études anatoliennes, à Istanbul. Interventionnisme L'AKP, le parti au pouvoir à Ankara depuis 2002, tente en effet de faire rentrer l'armée, prompte à s'exprimer, dans le rang. Non seulement parce que le parti islamo-conservateur se méfie de militaires qui se sentent, depuis les années de Kemal Atatürk, investis d'une mission, celle de protéger la modernité et la laïcité dans la société, mais aussi parce l'Union européenne exige, dans le cadre des négociations en vue d'une éventuelle adhésion, un désengagement de l'armée de la vie politique du pays. De la vie politique, certes, mais quid de la vie économique ? Fonds de pension L'armée est « un acteur incontournable dans l'économie turque », rappelle un observateur français sur place, et l'une des plus grosses entreprises du pays. Au-delà d'une fondation pour le renforcement des forces armées, qui possède plusieurs entreprises dans le domaine de l'armement (l'une frabriquant sous licence des F-16 américains), l'armée s'est dotée en 1961 d'une mutuelle-fonds de pension. Recevant 10 % du salaire des militaires professionnels, l'entité, du nom d'Oyak, verse une pension aux retraités des armées. Pour ce faire, elle a investi dans une cinquantaine d'entreprises, dans les grands secteurs de l'économie turque, de la pharmacie aux services bancaires en passant par l'automobile. En 2008, son chiffre d'affaires a atteint 10 milliards d'euros. Oyak-Renault à BursaLe fonds détient ainsi 49 % d'Oyak-Renault, la société qui fabriquera entre autres Fluence, la dernière-née électrique du constructeur français, à Bursa. Si Oyak a profité des crises économiques à répétition en Turquie pour acquérir des sociétés à bon compte, il n'en reste pas moins que le fonds gère de manière fructueuse l'argent des militaires. Selon le rapport annuel de 2008, le retour sur investissement s'affichait à 26,3 % cette année-là. Les comptes étaient resplendissants, les agences de notation décernant une bonne note. « Dans ces conditions il n'y a pas de raison de casser quelque chose qui marche », remarque un investisseur étranger. À la Tüsiad, la fédération des grandes entreprises turques, on estime que les objectifs de l'AKP vis-à-vis de l'armée sont exclusivement politiques, et qu'Oyak joue un rôle important dans l'économie, au même titre que d'autres entreprises. De fait, Oyak, qui emploie quelque 30.000 personnes, est privé, et fonctionne comme une entité concurrentielle dans l'économie turque. À une exception près, toutefois : le fonds n'est pas soumis à l'impôt...

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