Révolution énergétique en vue grâce au gaz naturel

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Deux camions entourant un derrick, perdus dans le désert texan. Voilà l'innovation qui « change complètement la donne » du paysage énergétique, selon Tony Hayward, président de BP. Cette révolution qui se veut discrète consiste à récupérer du gaz naturel là où on le croyait impossible à extraire, piégé pour l'éternité. Grâce à la recherche et à une bonne connaissance des sous-sols, des petites compagnies indépendantes ont perfectionné ces dernières années deux techniques : le forage horizontal et la fracturation hydraulique à l'eau et au sable. Des outils qui donnent accès à près de 130 années de production supplémentaire, soit un volume du même ordre de grandeur que celui des gaz conventionnels emprisonnés dans les réservoirs souterrains classiques, selon l'Agence internationale de l'énergie. Et il ne s'agit que d'estimations : à l'exception des États-Unis, aucun sondage systématique n'a encore été réalisé.Ces nouveaux gisements, appelés jusqu'alors « non conventionnels » parce qu'ils étaient compliqués à exploiter, sont en train de devenir classiques : ils représentent la moitié du gaz produit aux États-Unis. Le seul gaz de schiste, un des trois types de gaz non conventionnels, avec le gaz de charbon et le gaz de réservoir compact (« tight gas »), représente 20 % de la production américaine, contre seulement 1 % en 2000.Pour l'heure circonscrite à l'Amérique du Nord, cette révolution se propage désormais. Notamment par les prix : l'abondance subite de gaz aux États-Unis, en pleine crise économique, a fait sombrer les cours de l'hydrocarbure qui s'échange désormais pour un tiers du prix du pétrole. Le gaz n'est plus rare, puisqu'il est potentiellement partout. Ce qui change aussi la donne géopolitique. Pour la Russie, l'arme du gaz n'est plus que l'ombre d'elle-même. Les Européens peuvent acheter des cargaisons de gaz naturel liquéfié pour un coût moindre que le gaz reçu par gazoduc. « À part quelques pays qui n'ont pas de bassins sédimentaires, on peut trouver du gaz de schiste à peu près partout. Il n'y a aucune raison pour que la Chine ou l'Inde n'ait pas un potentiel très intéressant », souligne Roland Vially, spécialiste du sujet à l'Institut français du pétrole.Certes, une transposition du miracle américain est peu probable. Le Texas ou l'Arkansas ont une culture pétrolière et des espaces vierges d'habitation peu communs en France, en Allemagne ou en Espagne. Et il existe une différence juridique de taille : en Europe, les propriétaires de terrains ne disposent pas du sous-sol, au contraire des États-Unis où certains ont pu louer leur jardin pour... 28.000 dollars pour un an, en échange d'une vue imprenable sur un derrick !Les enjeux esthétiques et environnementaux ne sont pas de nature à freiner les groupes pétroliers, lancés depuis six mois dans un vrai marathon d'acquisitions. ConocoPhilips s'est ainsi engagé la semaine dernière dans un projet de gaz de schiste en Chine, alors que le norvégien Statoil achetait des ressources supplémentaires d'un gisement américain, Marcellus Shale. Mais contrairement au pétrole, où l'enjeu prioritaire est l'accès aux ressources, les questions technologiques prennent le dessus. Les majors protègent jalousement ce qui se passe dans les sous-sols du Far West et les brevets sont acquis à prix d'or. L'extraction des gaz suppose en effet d'injecter de l'eau sous pression et du sable à la granulométrie savamment calibrée. Mais aussi d'ajouter au cocktail des produits chimiques, dont le nom demeure mystérieux, sous prétexte de secret industriel. De quoi inquiéter sérieusement les environnementalistes.

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