Qu'est-ce qui fait courir Lebedev, ex du KGB devenu patron de presse

Cet ancien agent du KGB est désormais l'un des principaux patron de presse en Grande-Bretagne. Le milliardaire russe Alexander Lebedev a acheté jeudi le quotidien « The Independent », pour une livre sterling symbolique (1,12 euro). C'est son deuxième quotidien britannique, après l'acquisition l'an dernier de « The Evening Standard », le journal du soir de Londres. Désormais, le nouveau venu dans la presse pèse 800.000 journaux diffusés par jour. Que cherche Alexander Lebedev ? Il est peu probable qu'il gagne beaucoup d'argent avec ces journaux. « The Independent », le plus petit quotidien national britannique, a perdu 13 millions d'euros l'an dernier. Le vendeur, le groupe INM, a même accepté de lui verser 10 millions d'euros pendant la première année. Bref, on le paye pour se débarrasser de ce journal qui perd chroniquement de l'argent.Pour s'expliquer, Alexander Lebedev sort les grands principes : « J'investis dans des institutions qui contribuent à la démocratie et à la transparence. » Des déclarations qui étonnent, étant donné son profil. L'homme, 50 ans, a travaillé pendant une dizaine d'années au KGB dans les années 1980, montant au rang de lieutenant colonel. Il était notamment en charge de l'espionnage économique à l'ambassade de Londres. Dans les années 1990, il a progressivement construit un empire financier, s'appuyant notamment sur ses proches relations avec Boris Eltsine et Mikhaïl Gorbatchev, son mentor.Une forme d'Assurance-vieAprès avoir travaillé comme consultant pour de nombreuses sociétés occidentales, grâce à sa maîtrise de l'anglais, il s'est vraiment enrichi en reprenant une petite banque, National Reserve Bank. De là, il a pris des participations dans l'aérien (il possède le tiers d'Aeroflot, la compagnie aérienne historique), la construction aéronautique, l'énergie (il a une participation dans Gazprom)...Sa fortune s'élève à 2 milliards de dollars, selon « Forbes ». Ses investissements dans les journaux britanniques représentent donc de l'argent de poche pour lui. L'une des hypothèses expliquant son investissement est qu'il s'agirait d'une forme d'assurance-vie. Longtemps tenté par la politique en Russie, il s'est souvent heurté à Vladimir Poutine. Il avait notamment arrêté soudainement sa campagne pour la mairie de Moscou sous pression du Kremlin. Il a fait connaître sa volonté de se présenter à la mairie de Sochi, la ville qui recevra les Jeux olympiques d'hiver en 2014, mais là encore, il semble être en train de reculer. En acquérant des journaux britanniques, il devient influent à l'Ouest, côtoyant régulièrement les leaders britanniques. « Il faudrait être très brave en Russie de vouloir détruire l'une des principales voix en Occident », estime Patrick Forbes, auteur d'un documentaire pour la BBC sur les oligarques russes. « The Independent » pourrait donc lui permettre d'éviter le sort de Mikhaïl Khodorkovsky, l'ancien magnat du pétrole désormais en prison pour avoir osé s'opposer à Vladimir Poutine.Reste une hypothèse : l'homme serait-il sincère ? Né dans une famille d'intellectuels très libéraux, il possède aussi un quotidien russe, Novaya Gazeta, réputé pour son ton critique contre le Kremlin. Depuis son acquisition du « The Evening Standard », il n'a pas interféré directement dans sa ligne politique. Il se décrit parfois comme un « capitaliste idéaliste ». Il pourrait, après tout, croire à la presse écrite...

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