Handizgoud veut faire réussir vraiment tout le monde

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Avec son campus de 5.000 élèves au nord de Villeurbanne, l'Insa de Lyon est une grosse école en même temps qu'une grande école. Sa taille ne l'empêche pas d'être expérimentale dans un domaine bien souvent négligé, l'adaptation au handicap. Étienne Guérin, 22 ans, l'a choisie pour y faire ses études d'ingénieur avec prépa intégrée justement à cause de ça, lui qui est malentendant de naissance en raison d'une maladie génétique. Il a trouvé à l'Insa des soutiens spécifiques (par exemple, il prend des cours d'anglais avec un tuteur individuel), et des locaux adaptés (dans sa chambre, l'alarme incendie est remplacée par un clignotant rouge). Assez naturellement, Étienne a rejoint l'une des 50 associations du campus, Handizgoud, créée en 2006, et s'est donné à fond pour développer ses activités.Le 7 avril, ce jeune homme souriant au regard bleu est venu recevoir au nom de Handizgoud le prix du Jury, doté de 3.000 euros, aux premiers Trophées grandes écoles-« La Tribune ». L'association a pour but de sensibiliser les futurs cadres à l'insertion professionnelle des personnes handicapées. Son travail est d'abord pédagogique et, de fait, on apprend beaucoup en écoutant Étienne Guérin parler du handicap. Par exemple, que 80 % des personnes affectées ne dépassent pas le niveau du CAP. Pourquoi ? Parce qu'elles ne pensent pas pouvoir pousser plus loin les études ; parce qu'elles n'ont pas trouvé les soutiens suffisants dans l'Éducation nationale, ceux dont a bénéficié Étienne au lycée Rodin à Paris. « La loi incite les entreprises à embaucher des handicapés, mais elles représentent le haut de l'échelle. Il faut prendre le problème dès les premiers échelons, à l'école. » Autre surprise : les handicaps, explique le futur ingénieur, ne sont moteurs ou sensoriels que dans 20 % des cas. Le handicap mental est bien connu, mais les handicaps psychologiques, comme les angoisses ou les phobies ne sont pratiquement jamais pris en compte. Alors qu'il suffit de quelques modifications, mineures souvent, pour que la personne qui en souffre puisse parfaitement réussir dans l'emploi : « Par exemple, certains ne supportent pas de travailler dans un espace fermé, cela ne signifie pas qu'ils sont inaptes à tout travail », poursuit le jeune président de Handizgoud.ateliersSon association participe au projet national « Handimanagement », pour faire qu'aucun plafond de verre professionnel ne vienne bloquer les plus brillants. Mais la plupart de ses actions sont locales. Elle organise des ateliers de mise en situation qui « créent une émotion et amènent les gens à des réflexions plus sérieuses, plus formatrices ». Cette année, huit collaborateurs lyonnais de Bosch, l'une des entreprises qui soutiennent l'association, ont été invités à un « dîner dans le noir » avec les étudiants. Par ailleurs, lors du Forum Rhône-Alpes, un grand salon de recrutement des ingénieurs, Handizgoud a organisé l'accessibilité des locaux aux personnes en fauteuil roulant. Pour mieux orienter les candidats, elle a recensé les entreprises dotées d'une mission handicap. « En trois ans, j'ai vu changer les choses du tout au tout, constate Étienne Guérin. Les employeurs nous connaissent, ils sont même demandeurs et ignorent moins la loi de 2005 qui les oblige à recruter des personnes en situation de handicap. »

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