« En Irlande, la colère ne s'exprime pas via les syndicats »

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John Geary, professeur de relations sociales à University College DublinLes syndicats irlandais appellent à une manifestation à Dublin ce mercredi. Après avoir été très prudents jusqu'à présent, deviennent-ils plus militants ?Non, les syndicats demeurent très calmes en ce qui concerne les manifestations. Il n'y a guère eu de grèves jusqu'à présent, ni de conflit militant. Début 2010, les syndicats ont trouvé un accord avec le gouvernement, dit de « Croke Park », qui gèle les licenciements dans la fonction publique pour deux ans, en échange des coupes de salaires de près de 15 %, ainsi que d'autres mesures d'économies. L'objectif est désormais d'essayer de mettre en place cet accord.Comment expliquer le relatif silence des syndicats, alors que des baisses de salaires de 15 % sont loin d'être bénignes ?Le contexte est très différent de celui de la France. D'abord, la crise économique en Irlande est d'une toute autre ampleur que dans le reste de l'Europe et tout le monde se rend compte de la gravité de la situation. De plus, il n'y a pas de tradition de conflit social. Traditionnellement, les syndicats négocient avec le gouvernement, mettant en place des accords sociaux sur plusieurs années. Les leaders syndicaux préfèrent de loin la négociation à la confrontation. Enfin, alors que beaucoup d'employés du secteur privé ont perdu leur emploi, ceux du secteur public n'ont connu qu'une baisse de salaire : les syndicats ont donc du mal à trouver un terrain d'entente commun entre le privé et le public.Pourtant, alors que la récession revient (le PIB au deuxième trimestre a baissé de 1,2 %), et qu'un nouveau budget de rigueur est prévu pour décembre, la colère du public semble de plus en plus perceptible...Oui, mais elle ne s'exprime pas via les syndicats. Ce sont les députés du Fianna Fail (le parti au pouvoir) qui se rebellent contre leur propre camp, particulièrement pour s'opposer aux coupes dans le budget de la santé. Or, le gouvernement ne dispose que d'une majorité très faible (deux voix, Ndlr) et il aura du mal à passer son budget. À tel point que sa survie est désormais en jeu.Propos recueillis par Éric Albert, à Londre

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