Les triumvirats : gagnants ou perdants ?

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La démocratie américaine fonctionne avec des « tickets », ces duos politiques de choc où les faiblesses de l'un sont compensées par les forces de l'autre. En France, n'aurait-on pas plutôt un penchant pour les triumvirats ?À droite, le remaniement du 14 novembre a propulsé ensemble sur scène Nicolas Sarkozy, hyperprésident, François Fillon, hyper-Premier ministre, et Jean-François Copé, hypersecrétaire général de l'UMP. Au sein de ce trio, les alliances évoluent dans un climat de paix armée. Mardi, Nicolas Sarkozy et François Fillon ont échoué dans leur tentative de contrer la montée en puissance de Jean-François Copé. Christian Jacob, l'un des proches du député-maire de Meaux, a été élu facilement à la présidence du groupe UMP de l'Assemblée, défaisant le candidat de l'Élysée et de Matignon, Jean Leonetti.Mercredi, tout le monde a vu Jean-François Copé assis à son banc de parlementaire, écoutant d'une oreille le discours de politique générale de François Fillon tout en discutant avec ses voisins et en lisant ostensiblement son courrier. Chacun sait qu'en « topant » avec Nicolas Sarkozy pour la prise de l'UMP Jean-François Copé a conclu une alliance objective avec le chef de l'État pour freiner l'irrésistible ascension de François Fillon.Combien de temps tiendra cet étrange attelage ? Nicolas Sarkozy est toujours le candidat incontesté de la droite pour 2012. Mais, si le chef de l'État ne parvient pas à quitter l'enfer des sondages avant l'automne 2011, la tentation sera grande de chercher un « recours ». Un sondage a déjà fait de François Fillon, le « bien-aimé » des députés de la majorité, un champion de rechange, en cas de défaillance de « l'omniprésident ». Quant à Jean-François Copé, qui s'en va répétant que son échéance présidentielle arrive en 2017, quelle serait son attitude en cas de choc anticipé entre Nicolas Sarkozy et François Fillon ?À gauche, il y avait eu au congrès de Reims le mariage « de la carpe et du lapin », l'accord entre strauss-kahniens et fabiusiens pour porter à la tête du Parti socialiste Martine Aubry, érigée en rempart contre les ambitions de Ségolène Royal, François Hollande et Bertrand Delanoë. Deux ans plus tard, une « troïka » s'est constituée sur les ruines des courants du PS. Les chevaux de tête sont bien sûr les « alliés de Marrakech », Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn, rejoints en mai 2010 par Ségolène Royal. Fini le temps où l'ex-candidate de 2007 prônait le « dépassement » du PS. Les « trois grands » présidentiables socialistes proposeront « une candidature véritablement ensemble, c'est-à-dire pas l'un contre l'autre ou l'une contre l'autre », a assuré Martine Aubry mercredi soir. Mais quel sera le poids des engagements de cet automne dans un an, et même cet été, quand commencera la bataille des primaires ? L'entente des éléphants sera-t-elle au final un pacte des loups ? La vigoureuse mise au point contre toute idée de «pacte à trois» au détriment des primaires adressé vendredi par la candidate de 2007 a remis les pendules à l'heure. «Personne ne s'interdit d'être candidat aux primaires, y compris moi», prévient-elle.Karl Marx disait que « l'histoire se répète, la première fois comme une tragédie, la seconde comme une farce ». Et, dans la longue chronique des triumvirats, troïkas et autres consulats, rien n'est vraiment de nature à rassurer les alliés du jour.Remontons jusqu'en 60 avant Jésus-Christ. Le premier triumvirat fut l'alliance conclue entre Césarute;sar, Pompée et Crassus. Crassus est mort pendant la guerre contre les Parthes. Césarute;sar et Pompée se sont combattus sans merci, jusqu'à la défaite des troupes de Pompée à Pharsale. Pompée a été assassiné en Égypte, où il s'était réfugié. Et Césarute;sar est tombé sous les coups des conjurés des ides de mars.Le 25 décembre 1799, dix ans après la Révolution française, les « trois consuls » - Sieyès, Roger Ducos et Bonaparte - entrent en fonctions après le coup d'État des 18 et 19 Brumaire. Mais le Consulat assurera la transition entre la Révolution et l'Empire et organisera dans les faits un gouvernement personnel au profit du futur Napoléon.Dernier exemple : la « troïka » Staline-Molotov-Beria en Union soviétique. Dans ses mémoires, Molotov a affirmé que Beria se serait vanté devant lui d'avoir fait empoisonner Staline pour éviter d'être liquidé le premier. Des faits qui n'ont jamais été prouvés.On comprend mieux, dès lors, la sérénité affichée par les exclus des pactes et autres alliances, qu'ils s'appellent Dominique de Villepin, Jean-Louis Borloo, François Hollande ou Arnaud Montebourg. Ils pensent sans doute qu'il vaut mieux être seul que mal accompagné.par Hélène Fontanaudjournaliste à « La Tribune »

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