« L'université ne se reconstruit pas à coups de décrets »

STRONG>Louis Vogel Président de la conférence des présidents d'université(CPU)Quels sont les bénéfices de l'autonomie des universités ?Le transfert de gestion de la masse salariale a dégagé des marges de manoeuvre qui ont notamment permis de prendre des initiatives concernant la licence ou la formation continue. Il y a une mobilisation générale avec la volonté de chaque université d'affirmer ses spécificités.Et les inconvénients ?Tout d'abord, il faut stabiliser le système d'allocation des moyens et avoir une vision pluriannuelle. Ensuite, le passage à l'autonomie a un coût. Il nécessite le recrutement de personnels qualifiés aux niveaux de salaires élevés dans le contrôle de gestion, les systèmes d'information, les schémas directeurs immobiliers. L'Etat doit donc maintenir son effort financier. Surtout, l'autonomie est avant tout faite pour les étudiants. L'échec en licence reste en particulier un problème important. La CPU va donc proposer de créer un observatoire de l'autonomie afin notamment de faire le point sur les actions mises en place dans le cadre du plan licence. Enfin, les universités doivent commencer à recueillir les fruits de leurs regroupements. Dans ce contexte, comment s'inscrit le grand emprunt et notamment les initiatives d'excellence ?C'est une sorte d'aboutissement de l'autonomie. Les appels à projet du grand emprunt impliquent de construire des projets « transformant » dans le cadre des regroupements en cours, ce qui nécessite d'exprimer une stratégie propre. Cela permet de nous structurer. Mais en même temps, il faudra veiller à ce que les initiatives d'excellence ne créent pas des déserts universitaires. Il y a des petites universités en région qui sont excellentes. Elles doivent être reconnues et travailler en réseau pour assurer la cohérence du territoire. L'objectif premier ne doit pas être la taille des établissements, mais d'éviter la dispersion des ressources, d'offrir de nouvelles filières aux étudiants et de mettre en place de nouveaux axes de recherche à la frontière de différentes disciplines. Estimez-vous nécessaire de rouvrir le chantier de l'autonomie ?Est-ce essentiel ? Non, ce sont les projets sur le terrain qui sont essentiels. Il ne faut pas se laisser prendre au piège de l'institutionnel. Modifier la gouvernance ne résoud pas les problèmes. L'université française ne doit pas se reconstruire à coups de décrets, mais bien sur le terrain. La France mène une grande opération de rattrapage, mais reste à la traîne en matière de financement. La réforme des institutions doit venir consacrer ce que nous aurons fait sur le terrain et non l'inverse. Propos recueillis par C. J.

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