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Tour d'Europe des systèmes bancaires (8/10) : Danemark, les faiblesses d'un système fermé sur lui-même

La Tribune

Publié le 30 janvier 2013 à 22:03 - Mis à jour le 30 janvier 2013 à 22:03

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Le Danemark est un pays assez fortement bancarisé mais dont le marché reste principalement domestique. Les banques danoises, à l\'exception de la plus importante d\'entre elles, Danske Bank, sont quasiment exclusivement implantées dans leur pays d\'origine et les banques étrangères sont peu implantées au Danemark.Avant la crise : des banques bien capitalisées aux revenus diversifiésLe marché danois est assez concentré. Avant la crise, les cinq plus grands établissements détenaient 82% du marché et les deux principales banques (Danske Bank et Nordea) réalisaient presque 60% des prêts. Ces banques bénéficiaient de la richesse de la population danoise et présentaient un profil de risque satisfaisant : elles étaient bien capitalisées, avaient des revenus diversifiés, disposaient d\'un excellent accès au financement sur les marchés de capitaux et étaient contraintes à appliquer des règles de provisionnement ex-ante très rigoureuses.Chute du marché immobilier et gel des marchés de capitauxMalgré cela, la crise financière a touché le pays durement et a révélé ce qui constitue la faiblesse d\'un système très renfermé sur lui-même. En effet, les banques danoises réalisaient près de 60% de leur activité de crédit avec du financement immobilier qui était refinancé sur l\'un des plus vieux marchés obligataires de la planète : le marché des obligations hypothécaires danoises, le second par la taille en Europe (après le marché allemand). L\'extrême stabilité de ce marché a conduit les banques à privilégier le refinancement à court terme, moins cher, avec la quasi-certitude de pouvoir refinancer chaque échéance. Avec la crise, la chute du marché immobilier et le gel des marchés de capitaux, les banques danoises se sont trouvées en grande difficulté.Le Danemark dans le rôle de « Beta testeur » des nouvelles règlementations européennesD\'octobre 2008 à septembre 2010, l\'Etat danois est intervenu massivement, mais de manière sélective. Le Danemark s\'est alors retrouvé dans le rôle de « Beta testeur » des nouvelles règlementations financières européennes. En effet, le gouvernement a tout d\'abord choisi de laisser quelques établissements (de taille modeste) faire faillite, ce qui n\'est quasiment pas arrivé ailleurs en Europe. Poursuivant dans cette logique, qui visait à réduire l\'aléa moral, le gouvernement a ensuite instauré en octobre 2010 une loi imposant le bail-in, c\'est-à-dire des pertes automatiques imposées par le régulateur bancaire aux créanciers des banques en cas de recapitalisations publiques. Des tensions extrêmes en ont résulté sur les marchés de capitaux et les conséquences ont été dévastatrices : à peine quelques mois plus tard, Amagerbanken et Fjordbank se sont trouvées dans l\'impossibilité de se refinancer et ont déposé le bilan. C\'est pourquoi, en septembre 2011, les autorités danoises ont mis en place une nouvelle législation, censée compléter le bail-in mais qui en pratique est venue s\'y substituer et qui permet la consolidation d\'entités défaillantes par des entités solvables, le cas échéant après compensation et séparation en bad bank, good bank. Cette législation a été utilisée dans le cas de Max Bank qui a été coupée en deux pendant le week end du 8 au 10 octobre 2011, une partie étant transférée à une structure publique, le solde ayant été vendu à une banque régionale, le tout sans « haircut » pour les créanciers seniors.Confiance retrouvéeSi le Danemark a pu se permettre d\'être aussi innovant dans la gestion des difficultés rencontrées par ses petites banques, c\'est aussi en raison de la santé retrouvée de ses grands établissements, ou du moins de la confiance retrouvée auprès des investisseurs. Le pays a en effet bénéficié de la crise de la zone euro puisqu\'il n\'est pas membre de la zone (malgré une parité de change) et est considéré comme un safe haven par les investisseurs internationaux.Les banques danoises ont pu donc maintenir leur modèle : fin 2010, elles avaient le ratio prêts/dépôts le plus élevé de l\'Union européenne (près de 300%), essentiellement car elles privilégient toujours l\'émission des obligations hypothécaires (« covered bonds ») aux dépôts. La réforme des ratios de liquidité actuellement en discussion dans le cadre de Bâle III est donc cruciale pour le Danemark car elle remet en cause leur business model. C\'est donc sans surprise que le lobby danois se fait pleinement entendre sur ces questions (non sans une certaine logique, car le marché des covered bonds danois a effectivement mieux résisté que l\'immense majorité des marchés obligataires).

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