Les stations-service françaises menacées de raréfaction

Les Français vont devoir s'habituer à faire des kilomètres pour faire le plein. Et pas seulement à la campagne. « La machine de la désertification urbaine est en marche », prévenait récemment Jérôme Paré, directeur marketing France de Total, dans un colloque organisé par le Bip-Enerpresse. Après avoir fondu de 70 % depuis 1980, passant de 42.000 à 12.500 stations fin 2009, le réseau français va voir les fermetures s'accélérer dès 2010, promettent les opérateurs.Les « indépendants », propriétaires de 6.000 stations aux couleurs d'un pétrolier ou d'un autre, qui constituent la moitié du réseau hexagonal, prévoient 500 fermetures par an dans les deux à trois ans à venir. Ces deux dernières années, quelque 600 points de vente ont disparu. Seul Total table sur la fermeture avant la fin de l'année de 10 % de son réseau de 4.800  stations détenues par des indépendants.Sont incriminées : des normes environnementales qui imposent des investissements d'ici à la fin 2010. Ces obligations arrivent après la loi Bachelot qui, en interdisant depuis l'été 2009 la vente d'alcool entre 18 heures et 8 heures dans les stations, a pesé sur leurs marges, très faibles sur la vente de carburants. Ces réglementations sonnent ainsi comme un coup de grâce pour les stations les plus fragiles. « La moitié des propriétaires indépendants sont âgés de plus de 55 ans », prévient Christian Roux, président de la branche nationale des propriétaires exploitants. « Et le revenu moyen annuel d'un couple est de 40.000 euros », ajoute-t-il.« Qu'on fasse une pause dans les réformes ! C'est la crise », lance-t-il au gouvernement, en plaidant pour un report à 2016 de l'échéance de ces normes. Embarrassé par la question du service de proximité dans les zones rurales, l'État aurait, selon Christian Roux, demandé à Total de payer la mise en conformité des stations indépendantes à ses couleurs.administration insensible« C'est une affaire de réglage », plaide de son côté Jérôme Paré, chez Total. « Nous ne contestons pas la finalité des orientations des pouvoirs publics. Mais nous demandons de la souplesse dans les délais ou dans le champ d'application pour toutes les nouvelles réglementations, y compris la vente de biocarburants et les certificats d'économie d'énergie. » Apparemment, l'administration reste assez insensible à ces plaintes. « S'il existe une station-service, c'est qu'il y a un marché. S'il n'en existe pas, c'est qu'il n'y en a pas », soulignait, lors de ce colloque, Jean-Luc Delille, en charge de la distribution pétrolière au ministère de l'énergie. Après le retrait récent de BP et de Shell des stations françaises, Total, leader en France avec 18 % de part de marché, cherche également un nouveau modèle pour ses stations. Le groupe teste depuis début mai, pour six mois, la vente à bas prix dans 36 points de vente (Nantes, Le Havre, Aix -en-Provence...) rebaptisés Total Discount, avec un prix de 8 à 10 centimes d'euros inférieur à celui de son réseau classique. 88 % des particuliers achètent leur carburant dans une enseigne « discount », constate en effet le pétrolier. « 80 % d'entre eux s'approvisionnent dans les stations de la grande distribution », affirme Thierry Forien, chez Leclerc.

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