En cette fin août encore estivale, ils s'aventurent prudemment sur la glace de la patinoire d'Épinal. L'équipe de hockey locale est là et un public fébrile attend le grand soir : l'avant-première de Connemara, le cinquième film réalisé par Alex Lutz, adapté du livre de l'enfant du pays Nicolas Mathieu. C'est peu dire que le cinéaste, comédien et humoriste déjà multirécompensé et l'écrivain, prix Goncourt pour Leurs enfants après eux (2018), étaient faits pour dialoguer : ils sont nés dans l'Est, portent beaux leurs 47 printemps et ont le goût des histoires intimes qui tutoient l'universel.
Fins observateurs de leurs contemporains et des antagonismes sociaux entre Paris et la province, ils partagent aussi l'obsession du temps perdu, du déterminisme social et pistent sans relâche la bonne définition du mot « réussite ». Après un premier rendez-vous raté (Alex Lutz aurait aimé adapter Leurs enfants après eux), ils se sont finalement retrouvés sur cette histoire de retour aux sources, avec en toile de fond l'entêtante ritournelle irlandaise signée Michel Sardou, étendard des bals de village comme des soirées HEC. Un grand écart entre deux France dont ils connaissent les deux visages.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Comme Nicolas l'a écrit sur Instagram, ça va faire « drôle de voir une ville se regarder dans les yeux » ?
NICOLAS MATHIEU — Je suis très ému par anticipation. Beaucoup de gens d'ici, même de ma famille, ont fait de la figuration dedans ! Dans ce film, il y a quelque chose de l'histoire d'Épinal, avec son équipe de hockey et les types de vie que l'on mène ici, qui a été gravé sur de la pellicule et qui existera pour toujours. Quand j'écris, c'est justement pour graver quelque chose de ces mondes-là quelque part. Il y a quatre salles pleines ce soir et cela me touche tellement.
Propos recueillis par Charlotte Langrand