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Rentrée littéraire : pour son premier roman, Catherine Girard mène l'enquête sur le meurtre dont son père est accusé

Olivier Mony

Publié le 26 août 2025 à 08:00

« In violentia veritas », Catherine Girard, Grasset, 352 pages, 22 euros.

« In violentia veritas », Catherine Girard, Grasset, 352 pages, 22 euros.

LTD/JF PAGA

La Tribune Dimanche

N145 ● 12 juillet 2026

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Dans ce livre fou de douleur et d'amour pour son père, Catherine Girard lève un pan du voile entourant l'un des plus célèbres « cold cases » du siècle dernier.

C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit. Celle du 24 au 25 octobre 1941 en l'une de ces demeures majestueuses comme un complot de colère, dont la Dordogne est légitimement si fière. C'est au château d'Escoire, un vaste logis du XVIIIe siècle, perché sur un mamelon rocheux à une quinzaine de kilomètres de Périgueux.

Cette nuit-là sont atrocement massacrés à coups de serpe un haut fonctionnaire de Vichy, Georges Girard, propriétaire des lieux appartenant à sa famille depuis plusieurs générations, sa sœur Amélie et une bonne, Louise Soudeix. Les corps seront découverts le lendemain matin par l'unique rescapé de la tuerie (qui, dormant dans une aile du domaine, dira n'avoir rien entendu), le fils de Georges, Henri, 24 ans.

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Très vite, comme il n'y a pas de traces d'effraction et que sa réputation de noceur invétéré, sans cesse en recherche d'argent, n'est plus à faire, il voit les soupçons se porter sur lui. Cela lui vaudra dix-neuf mois d'incarcération dans un cul-de-basse-fosse ; puis un procès en 1943 où, alors qu'Henri semble promis à la guillotine, l'absence de preuves formelles et la maestria de son avocat, Maurice Garçon, lui valent au contraire d'être acquitté au bénéfice du doute.

Le triple meurtre d'Escoire restera l'une des grandes énigmes criminelles du siècle dernier, et le soupçon pèsera toujours sur Henri Girard lequel, huit ans après, devenu romancier sous le pseudonyme de Georges Arnaud, publie Le Salaire de la peur qui, une adaptation à l'écran aux bons soins d'Henri-Georges Clouzot et plus de 2 millions d'exemplaires vendus plus tard, devient le plus gros succès de librairie de l'après-guerre. Le livre est dédié à son père...

Un récit d'une folle intensité

L'affaire en serait à peu près restée là, à ce degré d'irrésolution, s'il n'y avait eu d'abord Philippe Jaenada. L'écrivain fait paraître en 2017 La Serpe, qui reçoit le prix Femina, et s'avère une vaste et convaincante entreprise de déculpabilisation d'Henri Girard. Jusqu'à aujourd'hui... et la parution d'In violentia veritas, récit d'une folle intensité, torrent d'amour et cri de colère signé par Catherine Girard, la propre fille d'Henri. Il est permis d'évoquer en la circonstance une révélation d'une double nature  : à propos d'une affaire criminelle bien sûr, mais aussi, absolument, littéraire.

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« In violentia veritas », Catherine Girard, Grasset, 352 pages, 22 euros.
« In violentia veritas », Catherine Girard, Grasset, 352 pages, 22 euros. (Crédits : LTD/Grasset)

Que l'on en juge, puisqu'il sera en ces pages beaucoup question de justice  : « Mon père a réglé son problème en l'éradiquant à la source, comme on gratte un cancer. Aussi impitoyablement qu'on s'y était pris avec lui. Si l'on veut bien y réfléchir, son crime va contre la société, contre le dogme, mais n'est pas tant contre-nature. Nous poussons tous nos parents au cimetière. C'est le sens de la vie. Hélas, il arrive que le rythme s'accélère. Sous diverses considérations. Biologique d'abord, psychique souvent, criminelle parfois. Mais combien de vies mortes vives, écrasées, saccagées, ruinées par un père violent, une mère dévorante, une famille étouffante  ? Mon père a eu les trois et leur a répondu avec la trempe dont on l'avait sacré. Il a raclé jusqu'aux racines du mal et l'opération a réussi. Il est ensuite redevenu ce qu'il aurait dû être toujours. Ce que tout au fond il n'avait jamais cessé d'être : un homme bon. C'est là sa rédemption première. »

« La fille de l'assassin »

Catherine Girard a 14 ans lorsque dans la cour de son collège elle découvre qu'elle est surnommée « la fille de l'assassin ». Profondément troublée bien sûr, elle s'en ouvre à son père, qui lui dit en une double négation qui tient encore au déni : « Je ne peux pas ne pas te répondre. » De cette réponse, elle fera sa pelote, de fille, de femme et désormais, un demi-siècle plus tard, d'écrivaine.

Entre-temps, il faut croire que l'écriture lui fut une lente résolution puisque, si l'on en croit son éditeur, elle fut tour à tour dresseuse d'éléphants à Mae Sai en Thaïlande, navigatrice au Portugal, acheteuse de pierres précieuses en Birmanie, fleuriste de bodegas à Rio ou vendeuse de voitures de luxe au Japon...

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Seulement voilà, bon sang ne saurait mentir et ne saurait, dans le même temps, pas faire autrement. Alors, coup d'essai comme de maître, In violentia veritas, avec une énergie qui est parfois peut-être celle du désespoir, se frotte à cette impensable vérité. C'est avant tout un chant d'amour furieux. Catherine Girard y mène une sorte d'investigation familiale qui révèle que le crime est partout, avant comme après le crime ; elle y documente la violence des passions. Ogre et fils à la fois, son père jouera sa vie à cache-cache avec les ombres du mal, les âmes errantes de son secret. À la justice du ciel, on n'est pas sûr que père et fille croient ; pour celle des hommes, il est trop tard. Reste celle de la littérature, où cette fois-ci c'est la fille qui est acquittée.

Olivier Mony

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