Livre : Nicolas Mathieu, en souvenir de nos vies secrètes
Jessika Guehaseim
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Nicolas Mathieu, écrivain français
© Astrid di Crollalanza
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Nicolas Mathieu, écrivain français
© Astrid di Crollalanza
Cent vingt mille « followers » sur Instagram. La belle affaire. Des réseaux dits sociaux, Nicolas Mathieu a un usage joyeusement décomplexé où, au-delà de son appétit du réel, chaque post agit comme une authentique proposition littéraire, un appel d'air par lequel s'engouffre une fiction possible. Un pré-texte autant qu'un prétexte, en somme. Loin et proche à la fois des amples romans néonaturalistes qui lui valurent son succès et un Goncourt, son nouveau livre, poème en prose sur les incertitudes de la passion amoureuse, est né de ces textes d'abord jetés sur la Toile. Et il est singulièrement troublant que le plus secret (peut-être le plus beau aussi) d'entre ses ouvrages naisse ainsi de la plus publique des mises en jeu.
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Qu'y a-t-il dans ce ciel ? Quelles couleurs, quels nuages ? La possibilité d'un amour, d'abord. « Nos enfants, nos étés, nos confidences, ces serments, la jalousie [...] et le rêve éveillé de nos disputes, ton cul, la mer, le reste ? Alors quoi ? C'est fini. Soyons fiers au moins, refusons la paix et ce ridicule du temps qui aura tout aplani. Alors je vais planter chaque mot comme un clou et me saouler de cette force contre toi. Que demeure pour finir la beauté d'un geste d'assassin. » Pas d'oubli, pas de pardon, juste le souvenir comme une marée qui oublierait de se retirer. Et d'autres choses encore, plus tard, lorsque tout sera quand même plus ou moins consumé : un enfant qui grandit, un père qui s'enfonce dans sa nuit, des trains, des chambres d'hôtel, la province comme une chanson mélancolique, les années, l'élancement du désir, nos vies secrètes...
Jessika Guehaseim
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