« Valeur sentimentale », « L'Épreuve du feu », « Alpha »... Nos critiques cinéma de la semaine
Un drame captivant et délicat, immersion dans une île atlantique durant un été et plongée dans un monde chaotique. Nos critiques cinéma de la semaine du 19 août 2025.
Aurélien Cabrol avec Charlotte Langrand
Découvrez nos critiques cinéma de la semaine du 19 août 2025.
Sur le papier, Valeur sentimentale, le nouveau Joachim Trier, repose sur trois personnages principaux. Nora, jouée par la magnétique Renate Reinsve, est une actrice de théâtre en pleine ascension. Elle et sa sœur Agnès, professeure d'histoire (Inga Ibsdotter Lilleaas), n'ont pas encore enterré leur mère que, soudain, leur père Gustav (Stellan Skarsgard) refait surface...
« Valeur sentimentale », de Joachim Trier, avec Renate Reinsve, Stellan Skarsgard, Inga Ibsdotter Lilleaas. 2 h 13. Sortie mercredi. (Crédits : LTD/Kasper Tuxen)
Un père cinéaste de renom certes, mais que l'on n'attendait plus et qui a le culot de dire à sa fille qu'il n'est pas là pour pleurer son ex-femme. Il est avant tout venu lui proposer d'être l'héroïne de son prochain film ! Mal à l'aise et agacée de le voir débarquer la bouche en cœur, Nora refuse son offre sans prendre la peine de lire le scénario...
Mais il y a un quatrième personnage, assurément central, dans cette histoire où les relations familiales, à la fois blessantes et vitales, rappellent les œuvres de Tchekhov et de Bergman : il s'agit de la maison familiale. Sise au centre d'Oslo, attachante et vieillotte, elle contient à elle seule autant de souvenirs que de fantômes. Et c'est elle, en fin de compte, qui sert de moteur à ce drame aussi captivant que délicat, sans doute le plus émouvant et le plus abouti de Joachim Trier à ce jour.
ℹ️ Valeur sentimentale, de Joachim Trier, avec Renate Reinsve, Stellan Skarsgard, Inga Ibsdotter Lilleaas. 2 h 13. Sortie mercredi.
Amour et cruauté (4⭐/5)
L'Épreuve du feu est un récit d'horizons. Celui d'une île atlantique, durant un été aux lumières rasantes, et celui d'Hugo, ancien « petit gros » devenu aujourd'hui un jeune homme séduisant. Revenu le temps des vacances dans la maison familiale, il prépare l'arrivée de sa petite amie, Queen, jeune femme solaire aux cils aussi longs que ses ongles sont formidablement manucurés.
« L'Épreuve du feu », d'Aurélien Peyre, avec Félix Lefebvre, Anja Verderosa, Suzanne Jouannet, Sarah Henochsberg, Nolan Masraf. 1 h 35. En salles depuis le 13 août. (Crédits : LTD/Paname Distribution)
Là, il retrouve aussi ses « amis », issus de la classe privilégiée et ceux-là mêmes qui auparavant le discriminaient. Le regard des autres, la validation... L'amour transcendera-t‑il les frontières et les codes sur lesquelles se cognent les classes sociales ? Pour son premier long-métrage, Aurélien Peyre livre un récit d'initiation à l'âge adulte très abouti, mêlant avec grâce et cruauté les émois du premier amour à la violence de la lutte des classes.
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Dans le rôle d'Hugo, Félix Lefebvre apporte une profondeur qui confirme, après sa révélation dans Été 85, un talent précieux. Face à lui, l'inconnue Anja Verderosa s'y révèle par une présence éclatante, tous deux élevant alors ce conte d'été doux-amer à quelques sommets remarquables.
ℹ️ L'Épreuve du feu, d'Aurélien Peyre, avec Félix Lefebvre, Anja Verderosa, Suzanne Jouannet, Sarah Henochsberg, Nolan Masraf. 1 h 35. En salles depuis le 13 août.
L'alpha et le trauma (2,5⭐/5)
Tout commence avec une aiguille. Celle qu'utilise Amin (Tahar Rahim) pour s'administrer sa dose et celle avec laquelle Alpha (Mélissa Boros), sa nièce de 13 ans, s'est fait tatouer un A sur le bras lors d'une soirée arrosée. Sa mère (Golshifteh Farahani), médecin, panique à l'idée qu'elle ait pu être contaminée : une mystérieuse épidémie rôde et transforme les gens en statues, leur peau se figeant en un marbre translucide...
« Alpha », de Julia Ducournau, avec Golshifteh Farahani, Tahar Rahim, Mélissa Boros. 2 h 08. Sortie mercredi. (Crédits : LTD/MANDARIN & CIE KALLOUCHE FRAKAS FRANCE 3)
Le décor est planté dans les années 1980, et Julia Ducournau livre, avec son troisième long-métrage (après le cannibale Grave en 2017 puis le transhumaniste Titane, Palme d'or en 2021), la façon dont elle a vécu les deux fléaux majeurs de l'époque : la drogue et le sida. Marqué par le film de genre mais moins gore que les précédents, Alpha montre un monde de chaos où les malades sont mis au ban et la population terrifiée.
Affrontant ses traumatismes, la réalisatrice maîtrise une esthétique visuelle fulgurante, alimentée par sa fascination pour la transformation des corps. Elle dévoile aussi son attachement au lien maternel et des moments saisissants de vérité sur l'adolescence de son héroïne.
Son scénario est hélas moins abouti et se contente, avec une bande-son très présente, de la description de deux mondes en perdition : celui d'Amin, l'oncle addict qui revient vivre chez les deux femmes, et l'humanité elle-même. Le film a divisé lors de sa projection à Cannes mais place indéniablement la cinéaste parmi ceux qui bousculent le plus le cinéma hexagonal.
ℹ️ Alpha, de Julia Ducournau, avec Golshifteh Farahani, Tahar Rahim, Mélissa Boros. 2 h 08. Sortie mercredi.