Olivier Nora, PDG des éditions Grasset sur la rentrée littéraire : « Attention au selfie doloriste ! »
Propos recueillis par Anna Cabana
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Olivier Nora, PDG des éditions Grasset.
LTD/JF PAGA
Propos recueillis par Anna Cabana
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Olivier Nora, PDG des éditions Grasset.
LTD/JF PAGA
LA TRIBUNE DIMANCHE - Qu'est-ce que cette prééminence de l'archéologie familiale dit de nous - lecteurs, écrivains, éditeurs, critiques littéraires ?
OLIVIER NORA - Le roman est entré dans l'ère du soupçon : rappelons-nous que le « grand écrivain » fut successivement en France le poète, puis le dramaturge, avant que le XIXe siècle n'ouvre la longue parenthèse du roman roi. Parenthèse qui pourrait bien être en train de se refermer au profit, peut-être, de ce que les Anglo-Saxons nomment la « narrative non-fiction ».
À lire également
Chez nous, le vocable qui recouvre tout, c'est « autofiction »
Des confessions à l'autobiographie, les textes de type mémorialiste composent un continent littéraire très richement inscrit dans la tradition française, que Serge Doubrovsky a baptisé en 1977 « autofiction ». Attention, ce mot cache le meilleur comme le pire : l'écriture de soi, quand elle est transfigurée par un grand talent, touche à l'universel, mais quand elle ne l'est pas, confine à ce que j'appellerais le « selfie littéraire doloriste » (je souffre, donc j'écris...) Il est vrai que nombre de grands succès des vingt dernières années donnent à penser que les lecteurs sont sensibles à ce qu'ils perçoivent comme « authentique », à croire que le poids de chair pantelante de l'auteur sur la page leur parle davantage que « la marquise sortit à cinq heures ». C'est vrai aussi de la critique, qui privilégie aujourd'hui cette forme - votre dossier en témoigne...
Propos recueillis par Anna Cabana