ENTRETIEN — Dans « Respire, c’est de l’iode », Anny Duperey se livre avec sincérité sur son enfance marquée par un drame, sa liberté farouche, ses amours et sa résilience.Pendant plus de vingt-six ans, devant notre écran de télé, on a eu envie, nous aussi, d'appartenir à sa « famille formidable » pour pouvoir s'approcher de cette femme solaire et chaleureuse. Anny Duperey n'a rien de conventionnel. Elle le prouve encore une fois avec son dernier livre, Respire, c'est de l'iode ! Malicieuse et irrévérencieuse, l'actrice y revient sur des épisodes intimes et artistiques de sa vie, au travers d'anecdotes surprenantes.
Elle nous reçoit chez elle, à côté de la rue Daguerre dans le 14e arrondissement de Paris, avec un thé aux orties de son jardin dans la Creuse. Ses trois chats sont tout aussi accueillants, cherchent même des caresses, et toutes ces bonnes ondes donnent tout simplement envie de ronronner.
LA TRIBUNE DIMANCHE — « Respire, c'est de l'iode. » D'où vient cette phrase ?
ANNY DUPEREY — C'est la phrase de ma grand-mère que j'ai entendue à partir de mes 8 ans et demi presque tous les dimanches de beau temps. Je trouvais qu'elle résumait bien mon traumatisme résultant d'avoir trouvé mes parents morts dans la salle de bains, asphyxiés au monoxyde de carbone.
Vous avez longtemps culpabilisé de ne pas vous être levée ce matin-là, comme votre papa vous l'avait demandé.
Jusqu'à l'écriture de mon livre Le Voile noir, en 1992. Je suis peut-être le seul écrivain dont les lecteurs ont changé la vie. Ce livre était un cri. La première page qui m'est venue est la non-dédicace à mes parents. Une page de violence parce qu'obscurément je leur en voulais de m'avoir laissée orpheline à 8 ans et demi. Et à la suite de ce livre, j'ai reçu des centaines de courriers de personnes qui elles aussi avaient vécu un tel drame. Grâce à ces témoignages, je me suis sentie moins seule dans la douleur.
Jusqu'à mes 30 ans, j'étais une survivante habitée par la colère et qui aujourd'hui, avec la sagesse de mon âge, ressent une certaine pitié envers elle-même d'avoir mis si longtemps à adoucir cette révolte.
Propos recueillis par Joséphine Simon-Michel