« Natacha (presque) hôtesse de l’air », « The Grill », « Au pays de nos frères »... Nos critiques cinéma de la semaine
Marc-Aurèle Garreau et Aurélien Cabrol

Notre sélection cinéma de la semaine.
LTD/DR
Marc-Aurèle Garreau et Aurélien Cabrol

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Cinquante-cinq ans après sa création dans le journal Spirou, la célèbre hôtesse de l'air Natacha devient héroïne de cinéma sous la direction de Noémie Saglio, spécialiste de la comédie de mœurs burlesque. De l'icône née sous le crayon de Walthéry, la nouvelle Natacha garde le caractère fonceur et la vivacité des couleurs, base féministe d'un personnage aux antipodes du « confort » domestique destiné aux femmes des années 1960.

Avec Camille Lou dans le rôle-titre, longiligne et détonnante dans l'esthétique et les mœurs de cette période, cette adaptation libre rafraîchit le modernisme du personnage par une nouveauté : au contraire de sa version papier, cette Natacha ne remplit aucun critère requis pour être hôtesse de l'air. Si elle se lance pour l'intrigue à la recherche de La Joconde tout juste dérobée, a ronte voleurs, mafieux et politiciens manipulateurs dans cette aventure, l'argument central de Natacha (presque) hôtesse de l'air reste l'émancipation solaire d'une jeune femme tordant le cou aux attentes, jugements et contraintes qui l'empêchent d'accéder au métier et à la vie dont elle rêve.
Porté par la performance du duo composé de Natacha et du craintif Walter, le film dépoussière son héroïne et la réintroduit dans la culture populaire à grand renfort d'anachronismes amusants et bien sentis (l'un des personnages, joué par Baptiste Lecaplain, se fait appeler BFM) et de références contemporaines au patriarcat et à la sororité. Ce vol moyen-courrier se révèle agréable, avec néanmoins quelques turbulences : s'évertuant à faire briller un casting secondaire prestigieux mais inégal, la narration est sujette à quelques trous d'air et on finit par y perdre un peu de sa boussole. Cette comédie légère et joyeuse assure pourtant son atterrissage dans le haut du panier du divertissement familial.
Le restaurant, lieu cinématographique par excellence ? Après tout, pourquoi pas ? Écrit et réalisé par Alonso Ruizpalacios, The Grill est l'adaptation d'une pièce de théâtre dont l'action se situe dans un restaurant de Manhattan. On y voit donc beaucoup de nourriture à l'heure du coup de feu.

Mais l'essentiel est ailleurs, dans la description du quotidien mouvementé de ces employés, la plupart immigrés, au moment notamment où le patron découvre que l'argent de la caisse a été volé. Un cauchemar social en cuisine, donc, le tout en noir et blanc et servi par un casting convaincant, Rooney Mara en tête. Avec l'éternelle cassure entre la cuisine survoltée et la salle feutrée. Et le risque du déjà-vu, si on se réfère notamment à The Chef, l'excellent film en un unique planséquence de Philip Barantini sorti en 2021.
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Prix de la mise en scène au prestigieux festival américain du film indépendant de Sundance, Au pays de nos frères est signé par deux cinéastes, Raha Amirfazli et Alireza Ghasemi. D'origine afghane mais exilés en Iran, ils consacrent leur film à cette double appartenance qui, contrairement à ce que laisse penser le film, ne va pas de soi dans le pays des mollahs.
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Citoyens de seconde zone, souvent utilisés comme une main-d'œuvre bon marché, les Afghans réfugiés en Iran seraient actuellement 7 millions, soit un groupe aussi important que délaissé par les autorités et la communauté internationale. À travers trois récits distincts entre lesquels s'écoulent chaque fois dix ans, le film déroule sa toile narrative sans jamais rien céder à la tentation documentaire. Tourné comme il se doit en jonglant avec la censure, il dresse un portrait sans concession d'une société iranienne violente et intolérante. Avec un sens de l'ellipse admirable, les deux cinéastes parviennent à dire la sou rance quotidienne à bas bruit.
Marc-Aurèle Garreau et Aurélien Cabrol
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