Exilée d'Iran depuis dix-sept ans, Golshifteh Farahani a été la première actrice iranienne à jouer à Hollywood, en 2008. Depuis, elle poursuivait sa carrière en évitant les scénarios liés à son pays natal, où sa famille a été victime du régime des mollahs.
Elle revient aujourd'hui dans Lire Lolita à Téhéran, l'adaptation bouleversante du best-seller international d'Azar Nafisi, pour lequel elle a renoué avec un passé douloureux, tourné en farsi dans un Téhéran reconstitué en Italie et abordé un thème puissant : le courage des femmes se réunissant pour lire les livres interdits par le régime. Un tournant libérateur pour une actrice qui aspire enfin à plus de sérénité.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Depuis votre exil, vous vous interdisiez de jouer dans un film sur votre pays.
GOLSHIFTEH FARAHNI—Vous avez accepté celui-là en pensant qu'il ne se ferait jamais... C'est un acte manqué ? Oui, c'est très juste ! Quand on m'a parlé du projet, je pensais qu'il ne se ferait pas et je l'ai mis à distance car je ne voulais pas faire des films liés à l'Iran. Quand le réalisateur a réussi à le monter, j'ai eu très peur, mais j'ai un esprit de soldat qui ne quitte pas le champ de bataille : j'avais dit oui, je ne pouvais pas me dégonfler, même si j'étais très contrariée jusqu'au début de tournage. Après, j'ai compris que j'avais envie de ce film, j'avais simplement du mal à me l'avouer. C'était très fort pour moi.