Accusations de misogynie, polémique autour du « Dernier Tango à Paris », rapport critique de la Cour des comptes… Le directeur de la Cinémathèque répond en exclusivité. Il annonce par ailleurs l’ouverture d’une Cinémathèque à Marseille en 2026.LA TRIBUNE DIMANCHE— À la suite de la polémique puis du retrait de la projection du film Le Dernier Tango à Paris en décembre, regrettez-vous de n'avoir pas prévu une présentation du film mentionnant les violences subies par l'actrice Maria Schneider sur le tournage ?
FRÉDÉRIC BONNAUD — C'était impossible de ne pas montrer Le Dernier Tango à Paris dans une rétrospective Marlon Brando. Dans le programme de la Cinémathèque, il y avait un texte de présentation du film qui disait : « Il [Marlon Brando] est aussi l'homme d'un scandale : le tournage de la scène de viol du Dernier Tango à Paris, dont l'actrice Maria Schneider n'avait pas été avertie et dont elle ne s'est jamais remise. Dans sa vie privée, l'acteur a semé la mort et la désolation. Il est la représentation d'une masculinité qui demande à être questionnée aujourd'hui tant elle semble dépassée, en décalage avec l'époque. » On ne peut pas être plus clair. J'ai pensé naïvement que ce texte suffirait... C'était une erreur.
Ce film cristallise pourtant les critiques partout où il en est question. Vous n'y avez pas pensé ?
Nous aurions dû demander à Jean-François Rauger, notre directeur de la programmation, et à la critique de cinéma Murielle Joudet de présenter la séance, mais ils l'avaient déjà fait dans une émission du site Arrêt sur images... C'est une erreur car ils auraient pu lever les malentendus : si l'on regarde bien le film, Le Dernier Tango à Paris est plutôt une mise à mal de la masculinité. C'est l'histoire d'un homme paumé qui rencontre un ange exterminateur qui finira par le tuer. Par ailleurs, c'est à la Cinémathèque que Bernardo Bertolucci a présenté ses excuses : il a dit qu'il l'avait manipulée, qu'elle avait été violentée sur le plateau et qu'elle avait raison de lui en vouloir. Nous ne pouvons pas être plus honnêtes, mais ce n'était pas notre rôle de lui passer les menottes. Enfin, dire que Maria Schneider a été réellement violée est un mensonge, elle l'a dit à Mireille Dumas à la télévision. Donc ce qu'on lui a fait subir est suffisamment grave pour ne pas en rajouter.
Propos recueillis par Charlotte Langrand