Qui eût cru que François Sureau nous émouvrait ? On connaît les foudres de sa causticité, l'érudition étincelante dont il s'est fait une arme - et une armure -, ses mauvaises manières de bel esprit sûr de lui-même, l'amitié qu'il a gardée pour un Emmanuel Macron dont politiquement il ne dit désormais plus que du mal.
Ce qu'on ne savait pas, c'est à quel point l'enfance et l'errance le surveillaient. On en prend la mesure dans le premier volet des aventures (il est déjà en train d'écrire le cinquième... !) de son héros de papier, Thomas More, un enquêteur immortel qui traverse les siècles.
Oh bien sûr, il y a des lettres et de l'Histoire, beaucoup. « Son » Thomas More emprunte d'ailleurs son nom au grand ministre anglais catholique à qui son courage valut d'être décapité et pour lequel l'admiration de notre académicien s'était brillamment exprimée sous la Coupole à l'occasion d'un « discours sur la vertu » très remarqué, le 1er décembre 2022.
Ceux qu'attire la culture de Sureau ne seront pas déçus par Les Enfants perdus - tel est le titre de ce premier volume - truffé de jeux subtils avec l'Histoire bien sûr, mais aussi avec la poésie et les poètes (Rimbaud, Apollinaire, Hugo, pour ne citer qu'eux). Mais il y a plus. Une sorte d'exaltation enfantine d'amoureux des polars le dispute à la science et au brio ; la merveilleuse et bien connue ironie de l'écrivain tolère des éclats au premier degré.