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Emmanuel Macron sur l’Ukraine : « Il est minuit moins le quart mais on a encore la main »

Par Bruno Jeudy et Antoine Malo

Publié le 01 mars 2025 à 18:45 - Mis à jour le 01 mars 2025 à 19:38

Emmanuel Macron a répondu aux questions de « La Tribune Dimanche » au sujet de l'Ukraine après le clash Trump-Zelensky de vendredi 28 février.

Emmanuel Macron a répondu aux questions de « La Tribune Dimanche » au sujet de l'Ukraine après le clash Trump-Zelensky de vendredi 28 février.

LTD/STEPHANE DE SAKUTIN/AFP

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N142 ● 21 juin 2026

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Le président de la République œuvre, dit-il, au dialogue entre l’Ukraine et les États-Unis malgré le clash entre les deux chefs d’État vendredi à la Maison Blanche. Emmanuel Macron a répondu aux questions de « La Tribune Dimanche ».

« Une conférence de presse qui a mal tourné. » Voici comment Emmanuel Macron décrivait samedi, lors d'un entretien avec La Tribune Dimanche la passe d'armes entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky vendredi à la Maison-Blanche. Pour autant, le président français n'estime pas que ce moment surréaliste est synonyme de rupture. « Je pense qu'au-delà de l'énervement, il faut que tout le monde revienne au calme, au respect, et à la reconnaissance, qu'on puisse avancer concrètement car ce qui est en jeu est trop important », insiste le chef de l'Etat.

Pacifier les rapports. Voici donc la nouvelle mission que s'est assignée Emmanuel Macron. Il s'y est employé dès vendredi soir en appelant à la fois son homologue ukrainien et le président américain. « Sur ces sujets, il est préférable d'avoir une discussion qui soit stratégique et confidentielle pour avancer et de lever les malentendus entre les gens, mais pas devant témoins. »

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Lors du coup de fil avec Volodymyr Zelensky, ce dernier aurait manifesté une volonté de « réengager le dialogue » avec Washington, notamment autour du contrat sur les minerais qu'il était censé signer à Washington. Il est vrai que dès son passage sur Fox News, peu de temps après le clash dans le Bureau ovale, Zelensky montrait un visage conciliant, remerciant à de nombreuses reprises les États-Unis, comme le lui avait demandé le vice-président J.D. Vance. Trump est-il lui aussi prêt reparler à celui qu'il qualifiait de dictateur il y a dix jours ? Sans doute pas dans l'immédiat. Emmanuel Macron reste en tout cas plus discret sur ce qu'a pu lui dire le Républicain, signe sans doute que la colère n'est pas redescendue.

Mais le chef de l'Etat en est persuadé : les États-Unis n'ont d'autre choix que de réengager eux aussi ce dialogue. « La destinée manifeste des Américains est d'être du côté des Ukrainiens, je n'en ai aucun doute. Ce qu'ont fait les États-Unis depuis trois ans est tout à fait conforme à leur tradition diplomatique et militaire. Je veux faire comprendre aux Américains que le désengagement de l'Ukraine n'est pas dans leur intérêt. »

Sauf que le Républicain semble désormais plus pressé de conclure un cessez-le-feu avec Vladimir Poutine que de respecter les vieilles valeurs de l'Amérique. Une erreur, estime Emmanuel Macron. « Bien sûr, nous sommes tous d'accord pour faire la paix. Mais il ne peut y avoir de paix juste et durable avec un abandon de l'Ukraine. » Il assure que si Washington acceptait de « signer un cessez-le-feu sans aucune garantie de sécurité pour l'Ukraine » alors sa « capacité de dissuasion géostratégique à l'égard de la Russie, de la Chine et d'autres, s'évanouirait le même jour ».

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À nos frontières, une Russie surarmée et agressive.

« Les ambitions de Donald Trump sont à l'opposé de ça », complète-t-il. Car pour le chef de l'Etat, la Russie de Vladimir Poutine constitue plus que jamais un danger existentiel pour l'Europe. « Il y a, à nos frontières, une Russie surarmée et agressive. Elle mène des actions terroristes, des campagnes de désinformation massive chez nous et en Europe. » Il est persuadé que si personne n'arrête le maître du Kremlin, il ira « à coup sûr sur la Moldavie et peut-être au-delà sur la Roumanie. » Ne pas se tromper d'ennemi, donc. « C'est notre sécurité qui est en jeu. »

Malgré tous les vents contraires, le président reste persuadé qu'un chemin pour « une paix solide et durable » est encore possible. Il n'a ainsi pas abandonné l'idée, élaborée avec le britannique Keir Starmer, d'un déploiement de troupes européennes qui offrirait les garanties de sécurité que demande Kiev. Les deux hommes devraient d'ailleurs en reparler ce dimanche à Londres lors de la réunion où sont conviés une quinzaine de dirigeants européens et à laquelle participera Volodymyr Zelensky. Lundi dernier, à Washington, le président français a aussi évoqué ce déploiement lors de sa rencontre avec Donald Trump. Ce dernier lui aurait assuré qu'il était d'accord pour offrir un « back up ». Une promesse qu'il aurait aussi faite à Keir Starmer, jeudi.

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Jeudi, se jouera un autre moment important pour le président français et le reste des dirigeants de l'UE : le Conseil européen extraordinaire où les Vingt-Sept devraient aborder la question cruciale et tant de fois repoussée de la construction d'une architecture de défense européenne. « L'objectif de cette réunion est d'accroître le soutien à l'Ukraine et de donner un mandat à la Commission européenne pour lancer un financement massif et commun le plus rapidement possible car notre sécurité est en jeu. »

Il est convaincu, malgré les réticences déjà formulées par les pays frugaux, qu'une unanimité se fera parmi les Vingt-Sept. Les temps, il est vrai, ont beaucoup changé depuis que Donald Trump est revenu à la Maison-Blanche. « Ce sommet du 6 mars est donc très important, insiste le chef de l'Etat. Ce financement massif correspond probablement à des centaines de milliards d'euros. »

Madame Le Pen n'a pas suivi l'actualité des derniers jours.

Il reste conscient qu'un tel chantier va prendre des années. « C'est pour cela qu'à court terme, nous devons tout faire pour garder le soutien des Américains. » Et de poursuivre : « Beaucoup de pays européens ont construit leur sécurité sur le lien transatlantique. Il faut revenir sur de très vieilles habitudes européennes. Il est minuit moins le quart mais on a encore la main. Nous avons encore les moyens de réussir ce sursaut stratégique européen. »

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Interrogé sur les déclarations de Marine Le Pen critiquant depuis le Salon de l'agriculture  « l'absence d'une voix forte, celle de la France », Emmanuel Macron lui a rétorqué : « Madame Le Pen n'a pas dû suivre l'actualités des derniers jours. Personne ne se pense que la France n'a pas une voix forte. Je ne suis pas surpris par ses positions. Je pense que dans ces moments-là, on a besoin de plus d'unité, de responsabilité et pas de politique politicienne. » Avant de conclure en rappelant que le président du RN Jordan Bardella avait préféré sécher la réunion organisée à l'Elysée sur l'Ukraine et la sécurité en Europe et que son suppléant Louis Aliot « n'avait pas émis de dissensus ».

Par Bruno Jeudy et Antoine Malo

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