« Il déserte », Antoine de Caunes raconte les aventures romanesques de son père dans une BD
Rémi Jacob

« Il déserte », Antoine de Caunes et Xavier Coste, Dargaud, 208 pages, 30euros.
LTD/RITA SCAGLIA/DARGAUD
Rémi Jacob

« Il déserte », Antoine de Caunes et Xavier Coste, Dargaud, 208 pages, 30euros.
LTD/RITA SCAGLIA/DARGAUD
Une histoire vraie », prévient le bandeau rouge entourant l'élégante bande dessinée Il déserte - Georges ou la vie sauvage, publiée cette semaine aux éditions Dargaud. Un avertissement loin d'être superflu tant le récit que nous livre Antoine de Caunes est ébouriffant. Celui de son père, star des médias, qui décida en 1962 de s'exiler une année entière sur une île déserte de l'archipel des Marquises avec son chien pour seule compagnie.
« Chaque soir, à la radio [sur l'ancêtre de France Inter], il livrait un récit de ses aventures, tel un Robinson, explique Antoine de Caunes. Il voulait se confronter à lui-même et voir comment un homme civilisé allait se comporter dans des conditions aussi précaires. Mais son expérience a tourné court au bout de quatre mois car cet endroit était affreux et inhospitalier au possible. Il en est revenu très amaigri. »
Une soixantaine d'années plus tard, Antoine de Caunes décide de coucher sur papier cette épopée hors norme. « J'ai voulu raconter ce que ressentait ce gamin de 8 ans qui a vu son père disparaître du jour au lendemain pour aller vivre des aventures incroyables au bout du monde, sans rien y comprendre. Mais également celui du vieillard de 71 ans que je suis aujourd'hui et qui regarde désormais cet épisode avec recul et amusement. »
Au fil des pages, c'est l'histoire d'une relation père-fils complexe qui se dessine, dans laquelle s'entremêlent tendresse et silences pesants. « Mon père était extrêmement taiseux avec ses proches, c'est le paradoxe des hommes de communication. Je sais de quoi je parle... » Ainsi, le jour de son anniversaire, le petit Antoine guette à la radio un mot de son père qui lui serait adressé. En vain. Cruelle désillusion. « Il était au service de ses auditeurs et mettait totalement de côté la sphère privée. Mais des années plus tard, j'ai découvert dans le journal intime qu'il tenait en parallèle de ses chroniques radio qu'il ne l'avait pas du tout oublié, au contraire. Il écrivait que je lui manquais beaucoup et qu'il espérait que j'étais en train de devenir un petit homme. »
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La force de ce récit repose également sur les illustrations de Xavier Coste. « J'ai immédiatement pensé à lui, j'avais été émerveillé par son adaptation de L'Enfant et la Rivière, d'Henri Bosco, et sa représentation de la nature. Ça collait parfaitement avec ce que j'avais envie de faire. Pas une petite BD classique avec des cases bien rangées dans lesquelles sont enfermées les histoires, mais quelque chose de libre, au grand air et aux quatre vents. J'ai été très troublé quand j'ai vu les premiers dessins car c'est exactement comme ça que je me représentais cette histoire dans ma tête quand j'étais gamin. »
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Rémi Jacob