La mère de la mère de sa mère était depuis le large une Folcoche qui torturait enfants et petits-enfants autant qu'elle adulait ses chats ; la mère de sa mère (la fille de la précédente, donc), une serial killeuse de... chats - se vengeant sans fin sur ces derniers du désamour maternel.
La mère d'Amélie Nothomb ne doit d'avoir survécu à ces horreurs, dans la bonne humeur qui plus est, qu'à une formule magique forgée par elle dans sa petite enfance pour nier la souffrance et s'adapter à l'insupportable : « tant mieux ». Une expression-talisman qui lui vint pour la première fois à l'âge de 4 ans quand, confiée à sa monstrueuse grand-mère pour les vacances d'été, elle se vit, au réveil, contrainte par la vieille de manger son vomi.
« Il se produisit un glissement dans son esprit, l'univers perdit son assise sous elle et elle fut foudroyée par une découverte miraculeuse qui tenait en deux mots : tant mieux. C'étaient des paroles qu'elle avait entendues dans la bouche de sa mère. Elle n'était pas sûre d'en saisir la signification. Elle sentait qu'il y avait là une décision de bonne humeur, la version joyeuse du sang-froid. »