Cette année-là, Reagan entame son second mandat, George Lucas récolte les royalties du Retour du Jedi, ressorti en salles cette année-là, et Gorbatchev prend le contrôle d'une URSS pantelante... L'Amérique triomphe, et Hollywood le clame à tour de pellicule, donnant au Bien le visage de ses stars, et imposant son mode de vie - une époque que Bret Easton Ellis, bien plus tard, appellera « l'Empire ».
Pour l'instant, il a 21 ans, étudie à la faculté de Bennington (qu'il réduira à un parc à névroses juvéniles dans un texte à venir, et où il fréquente la future grande romancière Donna Tartt) et s'apprête à voir publié son premier roman. Il s'intitule Moins que zéro et il y a mis sa jeunesse californienne et les visions qu'elle a suscitées en lui. Jeunes gens riches, beaux et creux se dissolvant sous le soleil torpide. Parents « si affamés et frustrés qu'ils dévoraient leurs propres enfants ».
Grandes maisons toujours vides - et ce Los Angeles où l'on peut « disparaître [...] sans même s'en apercevoir », attendu que personne ne se soucie vraiment de personne, cocaïne aidant... Mieux, sous l'influence d'un prof d'écriture créative, le jeune Ellis a mis au point une forme pour dire ce monde : « Je m'assois dans mon lit, regarde la fenêtre de ma chambre, puis le poster d'Elvis, ses yeux fixés sur la fenêtre, au-delà, droit dans la nuit, et son visage semble presque inquiet à cause de ce qu'il voit, et le mot "Confiance" au-dessus du visage soucieux. »