Il ne fait rien comme tout le monde. Il aime parler, argumenter, convaincre, faire une photo différente de celles qu'on voit partout, digresser plutôt que de répondre aux questions. Avec Vincent Lindon, la vie et les interviews sont bousculées, mais retrouvent finalement leur vigueur perdue : on capitule, on oublie ses questions, on décide de suivre le flot de ses idées. Volubile et brillant, tour à tour rongé par le doute et capable de fulgurances, de contradictions et de modulations : on découvre les 50 nuances de Vincent, qui nous livre ses réflexions brutes sur son métier, son dialogue incessant avec lui-même, ses différents « moi » et ses personnages, son engagement toujours intact.
Il fallait bien un « acteur-monde » comme lui, selon l'expression du réalisateur Gilles Bourdos, pour porter entièrement sur ses épaules un film insolite, Le Choix. Il y est seul en scène, intégralement filmé dans un habitacle de voiture, pour incarner un homme au carrefour de son existence qui va prendre une décision bouleversant toute sa vie. Entretien avec un acteur qui ne transige pas sur ses choix et a voulu une photo à son image : sombre, habitée et sans aucun doute singulière.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Qu'est-ce qui vous a le plus attiré dans ce scénario ? L'histoire de cet homme ou ce film rare, à personnage unique ?
VINCENT LINDON - Je ne réfléchis pas à la nouveauté, mais aux rencontres, c'est-à-dire au destin. Il est défini par notre caractère : le mien fait que je lis un scénario sans me poser aucune question. Il est vierge, je suis vierge, je le lis sans m'arrêter ni corner une page, et quand j'ai fini, je ne me dis qu'une chose : « Ai-je envie d'être lui dans cette histoire ? » Et si j'en ai envie, ça devient organique, je le ressens dans le corps, donc j'appelle et je dis oui tout de suite. Je réfléchis après. Car si je commence à gamberger, je vais évidemment trouver les raisons pour ne pas entreprendre.
Propos recueillis par Charlotte Langrand