« L'abécédaire de Germaine de Staël » : un voyage dans le temps
Aurélie Marcireau
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« L'abécédaire de Germaine de Staël »
© Fondation Napoléon/Photo12 via AFP
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« L'abécédaire de Germaine de Staël »
© Fondation Napoléon/Photo12 via AFP
Entre « Nature » et « Neige » figure « Necker Jacques », sans doute l'entrée la plus émouvante du recueil de textes sélectionnés par Stéphanie Genand. Quand Germaine de Staël, romancière et théoricienne de la politique, évoque son père disparu quelques mois plus tôt, l'émotion et la tendresse touchent au cœur : « Rien ne lui ressemble, rien ne lui ressemblera jamais. Ce n'est pas mon père, c'est mon ami, mon frère, la moitié de moi-même, la plus noble moitié que j'ai perdue. » Cet extrait d'une lettre de 1804, s'il démontre l'amour et l'admiration d'une fille pour son père, éclaire son destin : elle est d'abord la fille de Jacques Necker (ministre de Louis XVI). Dans une autre lettre, elle confie : « J'étais née sous les rayons de la gloire de mon père et j'ai trouvé qu'il faisait froid à l'ombre. »
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Se plonger dans cet abécédaire, c'est assurément voyager dans le temps, mais aussi saisir comment et pourquoi cette femme a réussi à prendre la lumière, les Lumières. Mme de Staël est en effet une grande analyste politique. Ancien Régime, Révolution et Empire, elle documente l'époque. On l'imagine éprise de justice, en train d'écrire nerveusement cette défense de Marie-Antoinette en 1793 : « Dites, vous qui l'accusez, dites quel est le sang, quels sont les pleurs qu'elle a jamais fait couler ? » Autre pépite, ces lignes sur la laïcité : « Si vous introduisez dans l'organisation politique un quatrième pouvoir, le clergé [...], vous ne pouvez plus établir aucun raisonnement fixe sur les lois nécessaires au bien de l'État, puisqu'on vous met pour entraves des pouvoirs mystérieux, là où vous ne devez admettre que des intérêts publics », écrit-elle dans Considérations sur les principaux événements de la Révolution française. Elle n'aime pas Napoléon, qui le lui rend bien et la force à l'exil après la condamnation de De l'Allemagne. Suisse par la naissance mais française de cœur et par l'éducation, elle rédige alors de merveilleuses pages sur le mal du pays: « Ce regret indéfinissable de la patrie [...] s'applique particulièrement à ce plaisir de causer que les Français ne retrouvent nulle part au même degré que chez eux. »
Aurélie Marcireau
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