Choisir un lieu de rencontre avec Brigitte Giraud, ce n'est pas anodin. Ce ne pouvait être son quartier de Lyon, bien sûr, lié au deuil et à la perte de son compagnon, comme elle le raconte superbement dans son prix Goncourt Vivre vite. Cela aurait pu tomber sur Rillieux-la-Pape, la banlieue populaire proche où elle a grandi et qui a nourri plusieurs de ses romans, seulement elle « ne sai[t] même pas s'il y a encore un café là-bas », et puis Brigitte Giraud n'a jamais voulu « jouer la carte de la transfuge de classe » qu'elle est pourtant. Alors elle nous a proposé de la retrouver au parc de la Tête-d'Or, près des grandes serres qui ont inspiré une scène cruciale de son premier roman, La Chambre des parents (1997), une scène d'amour vénéneuse puisqu'en découlera un meurtre. Cela tombe bien : ce livre est l'un de nos préférés - la première manifestation de la singularité giraudienne dans le paysage littéraire français, qui associe pudeur, douceur et noirceur, relie le récit intime à l'universel et bâtit ici toute une intrigue amoureuse sur un non-dit révélé dans les dernières pages.