Livre : dans les flammes de « Horn venait la nuit »
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Lola Gruber.
© PHILIPPE MATSAS/OPALE.PHOTO
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Le plus beau cadeau qu'une fiction puisse vous faire, c'est de vous pousser à douter de sa nature fictive. Ce n'est pas une question de réalisme scrupuleux, d'autobiographie plus ou moins déguisée ou même d'exhaustivité mimétique à la Balzac. C'est une question de travail, de talent et de dévotion pour sa création. Ce qu'il faut pour, partant de soi-même, construire un monde parallèle assez détaillé pour que l'on s'y promène comme dans son propre quartier. Ce qu'il faut pour peupler celui-ci de personnages suffisamment vivants pour qu'ils nous hantent après qu'on les a quittés. Et ce qu'il faut pour tirer de leurs histoires des vérités humaines qui semblent s'inventer sous nos yeux. De tels romans défient les tentatives de résumé, puisque début, fin et développement s'y confondent souvent. Et ils se rient de nos efforts de classification puisque pour restituer la vie ils empruntent à tous les rayons de la littérature.
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Horn venait la nuit est à la fois un roman historique, une enquête contemporaine, un roman d'espionnage et, par-dessus tout, un grand roman d'amour - parce qu'il faut tout cela pour raconter les vies ballottées des habitants de la Mitteleuropa du XXe siècle aux frontières redessinées par les guerres et les totalitarismes. À travers deux personnages principaux et une foule de destins, il nous parle de journalisme, de gymnastique, de théâtre, d'histoire, de politique, de littérature, de propagande, de trahison et d'amitié. Il nous montre la fragilité de la vie en temps de dictature, et celle des témoignages humains de toute éternité. Son autrice, Lola Gruber, avait déjà gagné ses galons en participant aux scénarios de la série En thérapie et surtout en signant un roman très remarqué, Trois Concerts, où elle montrait qu'il n'était pas besoin d'être un instrumentiste virtuose pour écrire en profondeur sur les musiciens de classique. Horn venait la nuit a requis quatre ans de travail et, comme tous les bons livres, il n'est pas le fruit d'une idée mais d'inspirations diffuses : « Le point de départ, ça a été quand j'ai fini par trouver un lien entre des éléments très disparates de ma vie. Les origines de mon père, culturellement austro-hongroises. Une histoire familiale dont je ne connaissais rien. Un goût persistant, et que je m'expliquais mal, pour la Hongrie. Le conseil d'un ami, qui m'avait recommandé d'écrire un roman d'espionnage - alors qu'il y a beaucoup de romans d'espionnage anglo-saxons, il n'y en a pas dans cette région-là, ou ce sont des textes de propagande. Par ailleurs, le lien de ma famille avec cette région a été rompu pour des raisons historiques - le génocide des Juifs en Europe de l'Est - et écrire ce livre était un moyen de le recréer. Et peu à peu s'est imposée l'idée que ce serait un lien de fiction. Cela me paraissait plus solide, puisque toutes mes sources autobiographiques, notamment les récits de mon père, me paraissaient elles-mêmes très romancées. Un fil de fiction pardessus un fil de fiction. »
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