Livres : notre sélection de la semaine
Juliette Einhorn, Aurélie Marcireau et Alexis Brocas
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Le Roman des artistes, Dan Franck.
Ni roman historique ni théorie artistique, le premier volume du Roman des artistes est un salon littéraire effervescent. Une plongée dans l'œil du cyclone romantique, depuis le retour de Napoléon en 1815, puis les Trois Glorieuses, jusqu'à la veille de la révolution de 1848. Il nous précipite à la source de cette lame de fond qui libérera formes et subjectivités, croquant les contradictions d'une société française corsetée et inégalitaire. Une déflagration dont nous voyons confluer torrents, courants tempétueux et affluents. Au lieu de les rassembler en une mer synthétique, Dan Franck fait jaillir comme dans un roman-feuilleton chacune de ces eaux contraires - autant de vagues, d'un art à l'autre, qui contribueront à l'avènement d'une société moins verticale.
En exergue et à l'intérieur des chapitres, les citations font parler romans, poèmes et pièces avec délice - les textes deviennent les personnages principaux du roman. En plaçant sur le même plan vie artistique et vie privée, cette gazette addictive nous fait entrer par la petite porte dans la psyché de ces grands créateurs dont la vie est un théâtre. Sous nos yeux, ils livrent bataille contre le classicisme et « cette vieille littérature crénelée, verrouillée », brisant les tabous du conservatisme de la Restauration, contournant la censure. Nous voici catapultés dans le laboratoire de ces êtres libres et brillants, inconstants et obsédés par leur art.
À lire également
Nerval, entre autres chimères, promène un homard en laisse. Chopin part en quête de la « note bleue ». Baudelaire gratte les « oripeaux magiques » de « l'âme nouvelle » exhalée par les vapeurs du haschisch. Tous se croisent dans les salons de Mme Récamier, de la princesse Belgiojoso ou de Delphine de Girardin. C'est une orgie flamboyante de collaborations et d'amours échevelées, de rivalités artistiques (Balzac fustige les « romans d'épicier » de Sue, ferraille contre Hugo et Sainte-Beuve), d'amitiés déchirées (Hugo et Dumas, les deux « mousquetaires du théâtre romantique »), d'engagements politiques (contre la peine de mort pour Hugo ; pour la condition féminine et le progrès social pour George Sand ; à Balzac lui demandant s'il est pour la république, Hugo répond : « Pas encore, mais ça vient »).
Juliette Einhorn, Aurélie Marcireau et Alexis Brocas