Livres : À Belfast, premier tour de Magee
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Le premier roman de Michael Magee a été récompensé par plusieurs prix et unanimement salué par la presse anglo-saxonne.
LTD/Francesco Gattoni/opale.photo
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

Le premier roman de Michael Magee a été récompensé par plusieurs prix et unanimement salué par la presse anglo-saxonne.
LTD/Francesco Gattoni/opale.photo
L'air du temps vous parle de « masculinité toxique » ? La bonne littérature parle de masculinité tout court, toxicité comprise et antidote inclus. Les rubriques politiques vous parlent du « problème nord-irlandais » ? La bonne littérature de là-bas vous montre des Nord-Irlandais à problèmes. Et ainsi ad libitum : aux concepts généraux et aux grandes idées qui cherchent à brasser large, quitte à accoupler des carpes à des lapins et à araser toute nuance, la littérature oppose sa science des vérités singulières, éphémères, ténues, mais que le lecteur valide tout de suite par la tête et par le cœur - elles résonnent si fort avec son expérience intime ! Bref, si vous voulez appréhender l'humanité dans toute sa complexité, c'est par ici que ça se passe - c'est‑à-dire dans votre librairie préférée, mais si vous lisez cet article, c'est que vous le savez déjà.
Ainsi le remarquable Retour à Belfast, premier roman qui nous parle de la douleur qu'il y a à revenir à la case départ quand on a tout fait pour échapper à la pauvreté et qu'on a un beau diplôme pour le prouver. Mais aussi du plaisir ambigu que l'on trouve à renouer avec ses vieux amis et ses vieux travers - ici cocaïne, bière, et vains rêves d'ailleurs. Des copines d'enfance que l'on n'entraînera jamais dans son lit plus de quelques nuits.
À lire également
De la violence que l'on laisse échapper parfois. D'un frère perdu qui nous protège et nous emmène par le fond. Des pères et des mères de la génération précédente, qui ont caché des armes ou commandé des cellules secrètes pour l'IRA (l'Armée républicaine irlandaise, catholique, qui luttait contre les Britanniques protestants, perçus comme des occupants), ou qui s'arrogeaient le label indépendantiste pour justifier leurs méfaits. En termes généraux, cela donnerait « les désillusions de la jeunesse catholique de l'Ulster, entre crise économique, crise du logement, crise identitaire, binge drinking et toxicomanie de circonstance ». N'est-ce pas tellement mieux en termes littéraires ?