Nouvelle démonstration de force, de maîtrise et de causticité d’Abel Quentin. Son roman sur l’effondrement du monde se lit comme un thriller.Un bon écrivain est un brouilleur de pistes. On avait laissé Abel Quentin héros des anti-woke au moment de la parution, à juste titre très remarquée, du Voyant d'Étampes, ce roman brillant d'ironie sur la cancel culture et l'antiracisme new age qui valut à son auteur le prix de Flore 2021 ; en cette rentrée, on les retrouve, sa Cabane - le titre de son nouveau roman - et lui, salués par les écolos pour leur concours à l'éveil des consciences.
Au lieu de faire comme tout le monde - y compris les meilleurs - en s'emparant du sujet de l'effondrement du monde par la voie dystopique, Abel Quentin a choisi un traitement rétrospectif. Il s'inspire d'un fait réel : la remise du rapport Meadows, du nom de deux de ses auteurs, commandé en 1970 par un cercle de réflexion qui se fit mondialement connaître à cette occasion, le Club de Rome, à quatre chercheurs du Massachusetts Institute of Technology spécialistes de la dynamique des systèmes. Leur mission : analyser, à long terme, les causes et les conséquences de la croissance sur la démographie et sur l'économie mondiale.
Au terme de deux ans de travail, ils exposèrent différents scenarii qui tous démontraient l'incompatibilité entre la croissance économique et les limites terrestres, devant inéluctablement (sauf décroissance rapide et globale) conduire à un effondrement des conditions matérielles d'existence et une diminution brutale de la population mondiale, dans la seconde moitié du XXIe siècle. Si le retentissement a été exceptionnel au moment de sa sortie en 1972, le déni a ensuite pris le pas.
Plus de cinquante années après, Abel Quentin a mis au cœur de son roman ce rapport par lui rebaptisé, pour les besoins de la cause romanesque, « rapport 21 » et que sa plume a confié à un quatuor de scientifiques de Berkeley : un couple d'Américains, Eugene et Mildred Dundee, un Français, Paul Quérillot, et un génie norvégien des mathématiques, Johannes Gudsonn. « Ils étaient quatre, comme les Beatles ou les évangélistes. Eugene avait travaillé sur la pollution, Mildred sur la production industrielle et la consommation, Quérillot sur les ressources non renouvelables, Gudsonn s'était occupé de la démographie mondiale et s'assurait de la rigueur mathématique du programme de simulation. »