Martin Suter, « socialement subversif »
Anna Cabana
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Photo d'illustration
© MARCO GROB
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Martin Suter n'est pas homme à laisser déborder ses sentiments, ni dans ses romans ni dans ses urbanités professionnelles. Aux yeux de ce prince des lettres germanophones, un gentleman doit savoir se mettre à distance. A fortiori un gentleman écrivain. Il a perdu sa femme adorée il y a sept mois - très vite dans la conversation il en fera mention - mais il se présente à nous tel que toujours dans un impeccable costume trois pièces, la cravate bombée fort dandiesquement, la pochette soyeuse, le cheveu laqué de près.
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Tandis que je sors mon bloc-notes, il se saisit de l'iPhone qu'en arrivant j'ai posé sur la table pour enregistrer l'entretien. Le voyant glisser l'appareil dans la poche intérieure de sa veste, je lui fais remarquer que c'est le mien. « Ah, pardon, je voulais faire de l'ordre, je veux toujours faire de l'ordre... » C'est son sujet, l'ordre. Ses livres démontrent mieux que n'importe quelle leçon de discipline combien la rigueur peut supporter - au propre comme au figuré - l'épanouissement créatif. « Pas de première phrase sans la dernière, certifie notre bâtisseur d'histoires. Dans mon genre d'écriture, il faut savoir exactement où on va. Si ce n'est pas bien construit, ça semble être construit. » Avec Melody, tout juste sorti chez Phébus, on touche au grand art. On croit que c'est un roman sur l'amour, mais c'est un roman sur les histoires que l'on (se) raconte, à soi-même et aux autres. Il n'y a pas des gentils et des méchants, il n'y a que des êtres qui s'arrangent avec la vérité, l'amour, le désamour, le goût de l'argent et du paraître. Jusqu'à la toute dernière ligne de ce page-turner vertigineux, la vérité n'est pas celle que l'on croit... Mais chuuuut, Martin Suter nous a fait promettre d'en dire le moins possible.
Anna Cabana
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