Rentrée littéraire : « L'impossible retour » d'Amélie Nothomb : de l'extase à l'épure, et inversement
Anne-Laure Walter
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Couverture du livre "L'Impossible retour" d'Amélie Nothomb.
© LTD / DR
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Couverture du livre "L'Impossible retour" d'Amélie Nothomb.
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On s'est fait surprendre. On s'attendait au récit de voyage de deux copines en goguette dans le Japon chéri d'Amélie Nothomb et on a été prise à la gorge par l'hommage tout en retenue à un père disparu.
Par ce contraste entre l'épure de l'évocation paternelle et la fulgurance sensuelle du texte. L'une renforçant l'autre. Certes on a trouvé, dans ces dix jours de tribulations de l'autrice et de son amie, de l'« Amélie Nothomb et le Japon »: la franchise de l'une peu adaptée aux coutumes nipponnes, la nostalgie dissimulée à grand-peine de l'autre, leurs névroses et allergies, les pauses déjeuner à vous faire saliver et le trop-plein des sensations et des émotions face à la beauté du pays. On lit « extase », « orgie », « syndrome de Stendhal », « tremblements et [...] claquements de dents », « pupilles dilatées » et on jalouse la « qualité d'admiration » de l'écrivaine. De l'émerveillement à la vue du mont Fuji au gouffre d'angoisse généré par un billet de train égaré, rares sont les écrêtements dans les montagnes russes intérieures d'Amélie Nothomb. Et pourtant...
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Ce voyage lui en rappelle un autre, effectué en 1989 avec son père, qui fut ambassadeur dans le pays et qui la fit japonaise au plus profond de son âme, ainsi qu'elle l'a écrit par le passé. Elle ne le ramène pas à la vie comme dans Premier Sang, c'est plutôt un discret filtre posé sur son objectif. Peu à peu Tokyo et son père se superposent, elle est à la fois perdue et complètement chez elle jusqu'au jour du départ qui sera « ce jour de deuil anticipé » signant une fois de plus l'impossible retour au pays mais aussi auprès du père. « Il y a peu d'ivresses qui valent la lecture d'un roman que l'on croirait écrit pour soi », écrit-elle à propos d'À rebours, cette plongée sensorielle dans la jouissance esthétique d'un autre qu'elle relit à Tokyo. On a eu le même sentiment à la lecture de L'Impossible Retour.
Anne-Laure Walter