Evil Dead Burn, la French Touch de l’horreur
Marc-Antoine Garreau, Aurélien Cabrol

Notre sélection cinéma de la semaine.
LTD/Metropolitan Film
Marc-Antoine Garreau, Aurélien Cabrol

Notre sélection cinéma de la semaine.
LTD/Metropolitan Film
En septembre 2023, le film d’horreur français Vermines fait sa première mondiale à la Mostra de Venise. Présenté peu après au Fantastic Fest d’Austin, il en repart couronné des prix du meilleur film et du meilleur réalisateur. Sur X (ex-Twitter), le maître de l’horreur Stephen King l’adoube en ces termes : « Effrayant, dégoûtant et bien fait. » Trois ans plus tard, ce succès critique a porté ses fruits : son réalisateur, Sébastien Vanicek, signe l’écriture et la mise en scène d’Evil Dead Burn, sixième opus radical et jouissif de la saga culte Evil Dead créée par Sam Raimi en 1981. À 36 ans, le réalisateur originaire de Noisy-le-Grand a brutalement tapé dans l’œil du cinéma américain. « Hollywood et ses studios ont des yeux partout, aux États-Unis comme en Europe, et l’envie de faire venir des talents. La clé, c’est de faire des films. Même pour un court-métrage, des yeux se poseront dessus. Et si c’est du genre, il faut y aller à fond. »
Pour Evil Dead Burn, pas de mise en concurrence : Sébastien Vanicek est directement sollicité par la société de Sam Raimi, Ghost House Pictures. Plus qu’un « faiseur », c’est l’auteur et sa vision qui sont désirés. Il raconte : « J’ai reçu une proposition : “Est-ce que tu veux écrire un Evil Dead ?” J’ai répondu : “À fond !” On a écrit quinze premières pages avec mon coscénariste, ça leur a plu et c’est à ce moment-là que j’ai rencontré Sam Raimi. J’ai été très direct avec lui, très sincère et clair sur mon idée. Je ne voulais pas qu’au bout d’un an on ait un film et qu’il en dise : “What the fuck ?” »
Sa ténacité, l’authenticité et la dimension personnelle de ses histoires séduisent Sam Raimi ainsi que Sony et Warner. « À fond » donc dans l’horreur pure, mais aussi dans les thèmes explorés. Quand Vermines parlait d’un banlieusard obsédé par l’idée de faire du cinéma, Evil Dead Burn raconte une terrifiante famille dysfonctionnelle, avec des personnages fouillés et des relations complexes. L’image qu’il choisit est éloquente : « On fait en sorte que les gens mangent un Big Mac mais qu’ils aient les légumes sans s’en rendre compte. »
L’actrice principale Souheila Yacoub, ancienne gymnaste professionnelle, y brille avec une performance émotionnellement complexe et très physique. « J’étais couverte d’eau, de sang, il faisait froid. Je devais attendre longtemps dans des positions bizarres, tout en conservant l’émotion à donner… ».
Initiée aux méthodes américaines – elle côtoie notamment Zendaya dans le 2e volet de Dune –, l’actrice savoure ce moment. « Avec Evil Dead Burn, j’ai l’impression d’entrer dans quelque chose d’exceptionnel, de faire partie d’une franchise culte qui renvoie à un certain âge d’or hollywoodien. »
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Dans cette industrie où l’auteur n’a que très rarement le final cut, Sébastien Vanicek, fier de son film, reste lucide. « J’ai eu les mains entièrement libres jusqu’au montage où, là, j’ai compris que vraiment beaucoup, beaucoup de gens donnent leur avis. Mon film est hyper personnel, mais j’ai des réunions avec des gens que je ne connais pas et avec qui je n’ai aucun atome crochu qui l’interprètent à leur manière pour le vendre. Ça, c’est vraiment Hollywood. Mais je me suis bagarré, j’ai tenu ce truc “français” pour que le film garde ma vision. »
🍿 Evil Dead Burn de Sébastien Vanicek, avec Souheila Yacoub, Hunter Doohan, Luciane Buchanan, Tandi Wright et Erroll Shand. 1 h 50. Sortie mercredi.
Les récents épisodes caniculaires risquent de faire mentir le synopsis de La Chaleur, le nouveau film réalisé par Stéphane Demoustier. Il fait « anormalement » chaud sur les plages des Landes et Marouane (17 ans) passe sa dernière journée au camping avec une angoisse : le corps qu’il a enseveli la veille sur la plage va-t-il apparaître au grand jour ?
Cette anormalité météorologique devenant aujourd’hui presque la norme, voici une raison de plus pour découvrir ce polar très réussi dans la fraîcheur de la climatisation d’une salle obscure. Fort d’un parfait respect de la règle des trois unités du théâtre classique (unité de lieu, de temps et d’action), le cinéaste, après un détour l’an passé par un réjouissant film “politique” (L’Inconnu de la Grande Arche) nous revient avec une chronique estivale laquelle vire rapidement au thriller psychologique qu’il avait déjà brillament exploré dans La Fille au bracelet en 2019.
Adapté du roman éponyme de Victor Jestin, le film est porté de bout en bout par Hadrien Hussein dont c’est le premier rôle au cinéma. Celui-ci incarne à la perfection un jeune homme parfaitement intranquille et inquiétant. A l’inverse de ses précédents films où l’on a pu croiser Sandrine Kiberlain, Olivier Gourmet ou Hafsia Herzi, Demoustier pour ce cinquième long métrage a fait le pari toujours audacieux d’un casting composé d’acteurs non professionnels dont la fraîcheur, la candeur presque, est inversement proportionnelle à la chaleur étouffante qui parcourt tout le scénario.
Comme souvent chez ce cinéaste, les lieux ont eu importance considérable : ici une plage brûlante, une forêt de pins et un camping jouent des rôles principaux, sans oublier un énorme et énigmatique bloc de béton. Quant à la musique signée Pierpaolo Saccomandi, elle procure à l’ensemble une très prenante dimension sensorielle. En respectant à la lettre tous les codes du films de genre, La Chaleur finit très habilement par s’en détacher, non pour les trahir ou s’en moquer mais pour parvenir à ce qui est sans nul doute la volonté profonde du cinéaste : faire le portrait de son protagoniste, reflet parfait d’une génération que Demoustier entend bien questionner. Il en résulte un film d’autant plus séduisant qu’il évoque des fractures profondes et des interrogations douloureuses sans avoir l’air d’y toucher. Sous le soleil exactement.
🍿 La Chaleur de Stéphane Demoustier avec Hadrien Hussein, Tristan Richard, Marina La Manna. 1h32. Sortie mercredi
Une femme perd son mari et ses deux enfants dans un accident de la route. Ainsi résumé, l’argument du film du cinéaste autrichien Adrian Goiginger, Seule la vie, pouvait légitimement faire craindre un pur mélo lacrymal. C’était sans compter sur l’incroyable performance de l’actrice Valerie Pachner. Révélée en 2019 au festival de Cannes pour son rôle dans Une vie cachée de Terence Malick, elle trouve ici l’occasion de prouver à nouveau l’intensité de son jeu. De tous les plans ou presque, en mère Courage, elle irradie littéralement et la moindre scène qui peut sembler anecdotique ou banale prend avec et grâce à elle une véritable dimension à la fois dramatique et sensible. Elle nous entraîne littéralement à accepter tous les tours et les détours d’un personnage aux réactions parfois singulières. Et le titre du film prend alors tout son sens : au-delà du deuil, “la vie, pourtant la vie”, selon le beau mot d’Aragon.
🍿 Seule la vie d’Adrian Goiginger avec Valerie Pachner, Robert Stadlobert, Stefanie Reinsperger. 1h59. Sortie mercredi.
Marc-Antoine Garreau, Aurélien Cabrol