Pour la première fois, l’armée américaine défilera le 14 juin prochain à Washington. Donald Trump comble là un désir de puissance, tandis que l'armée fait face aux risques de limogeages.Donald Trump en rêve depuis son premier mandat. Un défilé militaire à sa gloire, lui qui répète avoir rendu sa fierté à « la plus puissante armée que le monde ait jamais connue ». L'idée a pris corps en 2017 lorsque, 45e président des États-Unis fraîchement investi, il avait été invité par Emmanuel Macron au traditionnel défilé du 14 juillet sur les Champs-Élysées.
Elle a refait surface après l'évacuation calamiteuse d'Afghanistan en août 2021, qui a décuplé la hargne de Donald Trump envers son prédécesseur Joe Biden. Il lui fallait laver une humiliation jugée comparable à celle essuyée en 1975 à la chute de Saigon. L'occasion était toute trouvée : le 14 juin marque le 250e anniversaire de la naissance de l'armée continentale et, comble du hasard, le jour où le président fêtera son 79e anniversaire.
En l'honneur de leur commandant en chef juché sur une estrade, 6 600 hommes en tenue d'époque défileront donc du Pentagone au cimetière d'Arlington, jusqu'à la Maison-Blanche, suivis par une trentaine de chars Abrams et survolés par des hélicoptères de combat, devant 200.000 spectateurs. La maire de Washington, Muriel Bowser, priera quant à elle pour que ces monstres de 70 tonnes ne déforment pas le macadam. Le coût total de l'opération est estimé entre 25 et 40 millions. Une peccadille, assure le secrétaire aux Armées Daniel Driscoll, qui y voit « une magnifique occasion de relancer la machine à recruter ».
La crainte de nouvelles purges
« Tout cela ne cadre guère avec l'histoire américaine, objecte l'historien Joshua Zeitz. Notre pays s'est bâti sur l'opposition à un État central et à une telle armée qui se comporterait exactement ainsi. Depuis la guerre froide, en outre, la plupart des présidents ont soigneusement évité de recourir à ce genre d'exhibitions, justement parce qu'elles contredisent nos idéaux fondateurs. Mais il faut bien voir l'ensemble du tableau. [Donald Trump] a pris toute une série de mesures visant à étendre l'autorité, les pouvoirs, de la présidence. Il est en train de réinventer celle-ci. »
Maurin Picard, correspondant à New York